Archives de Catégorie: archéologie

Pillage & Archéologie, une tribune de Jean-Paul Jacob

© Jean-David Desforges, Inrap

Un trésor archéologique maltraité
Pour une interdiction européenne de l’usage des détecteurs
de métaux

L’article qu’Hervé Morin consacre, dans Le Monde du 4 décembre, au « trésor des âges sombres » récemment mis au jour dans le Staffordshire, met en évidence l’importance des découvertes que les archéologues peuvent faire en Europe occidentale. Cependant cette découverte insigne (un trésor de plus de 1 500 objets totalisant plus de 5 kg d’or !) témoigne d’une réalité dramatique : celle de l’usage incontrôlé des détecteurs de métaux au Royaume-Uni, où leur utilisation par des « chercheurs de trésors » est permise. En France, leur usage est interdit tandis que leur vente reste autorisée, facilitant ainsi leur emploi par de véritables pilleurs de sites.

En effet, ces détecteurs, permettant d’identifier les objets métalliques enfouis dans le sol, sont utilisés inconsidérément par de nombreux amateurs ignorant la loi, mais aussi par des délinquants qui déterrent les objets métalliques sans aucune précaution et détruisent ainsi les sites.

Car les plus beaux objets sont des témoins muets lorsqu’ils n’ont pas été mis au jour dans le cadre d’une fouille archéologique. Il en va de même du butin des fouilles clandestines menées dans les pays du Sud, dont la convention de l’Unesco de 1970 sur le trafic de biens culturels prohibe la vente.

Dans le cas du trésor du Staffordshire, Terry Herbert, son inventeur, l’a déclaré aux autorités britanniques – ce qui a permis d’éviter qu’il ne soit fondu pour être vendu au poids de l’or – mais les archéologues n’ont pu intervenir sur le site qu’après plusieurs jours d’exhumation anarchique et le contexte archéologique a été partiellement perdu.

A contrario, on citera les remarquables résultats de la fouille de plusieurs tombes aristocratiques franques, conduite à Saint-Dizier, qui a livré non seulement de bijoux et un riche mobilier, mais aussi une foule d’informations sur ces élites de l’est de la France au haut Moyen Âge.

Le trésor du Staffordshire a été sauvé et rejoindra le musée de Birmingham si la souscription publique permet qu’il reste le bien commun des Britanniques. Mais combien d’autres vestiges repérés à la « poêle à frire » disparaissent sous les pelles de pilleurs inconscients ou cupides ? On frémit à l’évocation de ces « détecteurs qui tournent à plein régime dans la région ».

En France, l’usage de ces appareils est formellement interdit sans autorisation administrative, sous peine d’une contravention de 3 000 €. Mais surtout, la destruction de site et le vol de mobilier archéologique, corollaires de l’utilisation de détecteurs, sont des délits punis de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 € d’amende. Paradoxalement, dans notre pays, la vente des détecteurs est libre, favorisant des usages clandestins de plus en plus fréquents. Ainsi, en moins de six mois, deux chantiers de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ont été détruits nuitamment, par des pilleurs munis de ces appareils. Les objets métalliques y ont été volés et l’organisation des vestiges bouleversée, interdisant l’étude des indices restants.

On ne le sait pas assez, l’archéologie n’a pas pour finalité la découverte de chefs-d’œuvre. Elle recueille et étudie tous les indices, même les plus humbles, laissés par les sociétés passées pour tenter d’en restituer les modes de vie, l’habitat, la vie quotidienne, les pratiques religieuses, les moyens de subsistance, la gestion de l’espace, l’organisation sociale et, même, l’impact sur l’environnement. Ce sont donc ces « archives du sol » que détruisent les utilisateurs sauvages de détecteurs, la plupart du temps pour un maigre butin de monnaies romaines sans valeur vénale.

Conscient de la recrudescence des pillages, le ministre de la Culture et de la Communication a récemment chargé le Conseil national de la recherche archéologique d’une réflexion sur des mesures nouvelles pour lutter contre ce fléau. À cet égard, il paraît indispensable que l’Europe harmonise sa législation en matière d’usage mais aussi de vente de détecteurs, et que ceux-ci soient formellement interdits, hormis pour les besoins des professionnels spécialisés (bâtiment, travaux publics, etc.).

L’archéologie préventive s’efforce de « sauvegarder par l’étude » les sites menacés par l’aménagement du territoire. En France, l’Inrap mène ainsi chaque année plus de 1 500 diagnostics couvrant plus de 10 000 hectares, et plus de 200 fouilles. Ce sont là des recherches essentielles pour notre patrimoine archéologique et pour notre Histoire. Et il n’y a nulle urgence à remplir les musées publics et les collections privées d’objets « muets », aussi beaux soient-ils. Notre exigence, au contraire, doit être de préserver in situ, pour les générations futures, un patrimoine archéologique que les progrès de la science permettent, d’année en année, de mieux exhumer et de mieux étudier.
Laissons aux archéologues du futur d’autres Staffordshire !

Jean-Paul Jacob
Président de l’Institut national de recherches archéologiques préventives

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans archéologie, Essai, critiques et coups de gueules

L’ALPARA

Chantier archéologiqueFondée en 1977, l’Association de Liaison pour le Patrimoine et l’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne (ALPARA) compte aujourd’hui une cinquantaine de membres. L’association met à disposition des archéologues des moyens destinés à faciliter la réalisation et la valorisation de fouilles. 

En collaboration étroite avec les professionnels concernés (archéologues de l’Etat ou des collectivités territoriales, chercheurs du CNRS, universitaires…), l’ALPARA édite et diffuse les Documents d’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne (DARA). Cette collection à réputation nationale, voire internationale, compte aujourd’hui une trentaine de titres.

L’ALPARA produit également des vidéogrammes ainsi que des ouvrages relatifs à des recherches archéologiques comme, à Lyon, celles de la rue des Farges ; elle a collaboré avec la Ville de Lyon à la restitution des fouilles de la rue du Chapeau-Rouge (plaquette, vidéo, cédérom).

Depuis quelques années, l’ALPARA a élargi ses activités au-delà du secteur de l’archéologie. Titulaire de l’agrément ministériel, elle organise, en partenariat avec la DRAC Rhône-Alpes, des stages de formation sur diverses thématiques patrimoniales destinés principalement aux animateurs et guides-conférenciers du réseau des Villes et Pays d’art et d’histoire (VPAH).

Escalier hotellerieL’ALPARA participe également à la mise en forme des programmes des Journées européennes du patrimoine en partenariat avec les Villes et Pays d’art et d’histoire et le Grand Lyon. L’association a ainsi coordonné le programme transfrontalier Histoires… de matériaux (Rhône-Alpes / Suisse romande / Vallée d’Aoste – années 1997 à 1999).

A l’occasion du centenaire de la loi de 1901, l’ALPARA a mis en chantier, en collaboration avec la DRAC, la réalisation d’une base de données consacrée aux associations du patrimoine en Rhône-Alpes accessible depuis septembre 2001 sur le site de la DRAC Rhône-Alpes.

Voir le site de l’ALPARA

Poster un commentaire

Classé dans archéologie, Parution