Fouilles archéologique du Quai St Antoine – Lyon

 

Par le service municipal d’archéologie de la ville de Lyon.

Opération : Diagnostic d’archéologie préventive (20 juillet – 23 septembre 2010)
Post-fouille : Rapport achevé

Au cœur du projet ambitieux de réaménagement des berges de la Saône porté par la municipalité dans le cadre du mandat actuel, un diagnostic d’archéologie préventive a été réalisé par le Service archéologique de la Ville de Lyon sur le quai Saint-Antoine et la place d’Albon. En rive droite de la rivière, au nord du pont Maréchal Juin, l’emprise diagnostiquée de 5000 m² correspond à une étude de faisabilité pour un parc de stationnement souterrain. L’ouvrage projeté remplacera le parking aérien actuellement installé sur le bas-port et rendra la berge au piéton en recréant le lien longtemps perdu entre la presqu’île et le fil de l’eau.

Afin d’impacter le moins possible la circulation automobile, la vie du quartier et de permettre une restitution pour la rentrée scolaire des cours de récréation situées sur le quai, l‘opération archéologique a été programmée entre le 20 juillet et le 23 septembre 2009. La gestion d’un flux automobile sur un axe important et la nécessité de maintenir tous les réseaux d’alimentation et d’assainissement enterrés ont constitué une forte contrainte sur la conception de l’intervention.

Au final, sept sondages archéologiques sur les dix initialement prévus ont pu être réalisés : quatre sur le quai Saint-Antoine et trois sur la place d’Albon. Tous les sondages ont été blindés par un système de panneaux métalliques coulissants sur poteaux d’angle pour atteindre une profondeur de travail de 6,5 m. La profondeur du parc de stationnement envisagé étant bien supérieure (20 m), ces sondages ont été complétés par une campagne de dix sondages géotechniques descendant à 20 m, soit la profondeur déjà estimée du socle rocheux dans cette zone. Les sondages archéologiques et géotechniques ont été positionnés pour former des transects sud-nord et est-ouest.

Le haut-port arboré du quai Saint-Antoine établi au milieu du XIXe siècle étant difficilement accessible, un seul sondage (B1) a pu être ouvert sur la partie nord-ouest du quai. Il a mis en évidence, sur plus de 5 m, un apport massif de remblais de démolition retenus par le mur de quai actuel construit après les inondations de 1840 et 1856.

Le sondage D2, implanté sur la voie de circulation au nord du quai, a permis la mise au jour de vestiges modernes du quai. Quelques décimètres sous les niveaux actuels, le niveau de circulation du quai au XIXe siècle subsiste partiellement avec les traverses de la ligne 5 du tramway inaugurée en 1880. En bordure ouest du sondage, le parapet du quai Villeroy (achevé en 1720) est arasé au niveau de son trottoir. Le puissant mur du quai sectionne un ensemble d’immeubles mitoyens dont ne demeurent que les espaces souterrains. Ce bâti moderne occupe le bord de Saône sous le quai Saint-Antoine depuis le pont de pierre jusqu’à la rue Dubois et constitue le soutènement même du quai Villeroy.

Plus à l’est, à l’angle de la rue Dubois et du quai Saint-Antoine, le sondage D3 a confirmé la présence des immeubles formant rive et détruits pour laisser place à un quai dégagé. Dans les deux sondages (D2 et D3), les conditions techniques de la fouille n’ont pas permis l’exploration de la stratigraphie sous le sol des caves repéré à 6,5 m de profondeur. Ces vestiges sont scellés par des nappes de sols indurés attribuables au quai du début du XVIIIe siècle, puis par les rails du tramway de la fin du XIXe et du XXe siècles.

Un dernier sondage (D5) plus au sud à l’angle de la rue Grenette a toutefois permis une lecture continue de la stratigraphie. Un égout maçonné en pierre dorée daté du XVIe siècle recoupe des niveaux de berges des XVe-XVIe siècles, puis au XVIIe une grande tranchée entaille tous les niveaux d’accumulation et condamne l’égout. Le comblement massif et détritique de cette incision pourrait être attribué à l’aménagement du quai Villeroy au début du XVIIIe siècle.

Aucun contexte antérieur à la Renaissance n’a été observé sur le quai Saint-Antoine. L’occupation des berges par des immeubles construits au fil de l’eau est attestée par une abondante iconographie qui illustre des constructions identiques sur chaque rive en amont et en aval du pont de pierre au moins depuis le XVIe siècle (plan scénographique de Lyon).

Les trois sondages ouverts place d’Albon ont révélé une occupation particulièrement dense depuis l’Antiquité (Ier siècle) jusqu’au dégagement de la place au début du XIXe siècle. La stratigraphie a été largement amputée par le creusement de caves modernes au centre et au sud de la place, mais si les niveaux médiévaux ont pu disparaître, les fondations antiques, ancrées dans les dépôts alluvionnaires, sont épargnées. Le mobilier céramique est insuffisant pour proposer une chronologie très précise, mais l’installation antique doit être située assez précocement dans le Ier siècle apr. J.-C.

Si aucun sol n’est conservé dans les sondages F1 et F2, le sondage E1 a livré une stratigraphie complète pour l’Antiquité, le Moyen Âge et l’époque moderne. Sur un niveau d’éclats de gneiss (nivellement et assainissement du terrain naturel), un mur nord-sud et des sols en terre battue témoignent d’une occupation a priori domestique permanente du Ier au IIIe siècle. Les derniers niveaux antiques sont ensuite perforés par un réseau organisé de trous de pieux parallèles à la rivière. L’altimétrie de ces pieux et leur diamètre modeste (10-15 cm) semblent plus les vouer au soutènement d’un ouvrage aérien en bois qu’à une fondation supportant une élévation maçonnée. En se substituant à un ensemble bâti, ils témoignent manifestement d’un réaménagement majeur du site. Malheureusement, l’absence de mobilier et l’amplitude chronologique de leur environnement stratigraphique – entre la fin de l’Antiquité et le Moyen Âge central – n’autorisent pas une datation précise.

L’ensemble de l’occupation antique s’établit largement à l’ouest du tracé supposé d’un quai antique repéré au XIXe siècle sous la rue Mercière. Les sondages du quai Saint-Antoine n’infirment pas cette hypothèse, mais le positionnement des structures antiques sur la place constituent une avancée inattendue qui induit un infléchissement important du tracé de la berge ou l’existence d’un promontoire lié au franchissement de la rivière.

La période paléochrétienne et le haut Moyen Âge n’ont pas laissé de traces matérielles. Le Moyen Âge central est bien représenté dans le sondage E1. Le bâti antique est entaillé par plusieurs fosses et recouvert par les « terres noires ». Ces structures ont livré un cortège classique d’oules à lèvres en bandeau et quelques fonds marqués.

Dans cette même séquence médiévale, trois murs successifs et superposés, montrant de faibles décalages d’orientation nord-sud, viennent occulter les trous de pieux. Aucun sol ne peut leur être associé. Plus à l’est, dans le sondage F1, un puits englobé dans le bâti moderne pourrait avoir été creusé au Moyen Âge.

Les vestiges de l’époque moderne sont bien présents. Les immeubles qui étaient encore en élévation au XXe siècle, au sud de la place d’Albon, ont été fortement remaniés. Il en est de même dans le sondage F1 où le bâti montre de multiples reprises entre les XVIe et XIXe siècles. Les structures modernes du sondage E1 sont bordées par un sol (XVe-XVIe siècles) de galets de rivière en forte déclivité vers la Saône. On signalera enfin, pour le début du XIXe siècle, un bel ensemble de vaisselle recueilli dans le comblement d’une fosse septique (sondage F1).

L’analyse géomorphologique du quai Saint-Antoine s’appuie sur les sondages géotechniques. Les cinq sondages réalisés donnent des profils altimétriques pour la charge de fond de la Saône. Le mobilier céramique retiré des carottages, révèle la présence de matériel moderne déposé très profondément dans ces niveaux sablo-caillouteux immergés. Cette présence d’éléments anthropiques incite à considérer comme secondaires une grande partie des sédiments mixtes ou rhodaniens identifiés au-dessus du lit majeur de la Saône.

Les sondages archéologiques de la place d’Albon ont permis une observation directe des dépôts alluvionnaires superficiels. Cinq autres sondages géotechniques ont assuré une lecture profonde de la sédimentation. Dans une séquence dépourvue de pollution anthropique, la pression du Rhône au Ier âge du Fer est lisible, il est par ailleurs possible d’envisager un site de confluence au sud-est de la place. Une fois que la Saône a pu revenir sur son tracé oriental, elle a déposé une épaisse couche de sédiments de débordements sur le site de la place d’Albon. Toutefois, l’inclinaison des dépôts alluvionnaires de cette plaine d’inondation atteste l’existence d’une dépression (bras actif ou lône) colmatée naturellement ou asséchée par la main de l’homme au début du Ier siècle apr. J.-C.

Opérateur :
Service archéologique de la Ville de Lyon

Aménageur :
Grand Lyon

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Classé dans Archéologie en Rhône-Alpes

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