Archives mensuelles : décembre 2010

L’ALPARA

Chantier archéologiqueFondée en 1977, l’Association de Liaison pour le Patrimoine et l’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne (ALPARA) compte aujourd’hui une cinquantaine de membres. L’association met à disposition des archéologues des moyens destinés à faciliter la réalisation et la valorisation de fouilles. 

En collaboration étroite avec les professionnels concernés (archéologues de l’Etat ou des collectivités territoriales, chercheurs du CNRS, universitaires…), l’ALPARA édite et diffuse les Documents d’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne (DARA). Cette collection à réputation nationale, voire internationale, compte aujourd’hui une trentaine de titres.

L’ALPARA produit également des vidéogrammes ainsi que des ouvrages relatifs à des recherches archéologiques comme, à Lyon, celles de la rue des Farges ; elle a collaboré avec la Ville de Lyon à la restitution des fouilles de la rue du Chapeau-Rouge (plaquette, vidéo, cédérom).

Depuis quelques années, l’ALPARA a élargi ses activités au-delà du secteur de l’archéologie. Titulaire de l’agrément ministériel, elle organise, en partenariat avec la DRAC Rhône-Alpes, des stages de formation sur diverses thématiques patrimoniales destinés principalement aux animateurs et guides-conférenciers du réseau des Villes et Pays d’art et d’histoire (VPAH).

Escalier hotellerieL’ALPARA participe également à la mise en forme des programmes des Journées européennes du patrimoine en partenariat avec les Villes et Pays d’art et d’histoire et le Grand Lyon. L’association a ainsi coordonné le programme transfrontalier Histoires… de matériaux (Rhône-Alpes / Suisse romande / Vallée d’Aoste – années 1997 à 1999).

A l’occasion du centenaire de la loi de 1901, l’ALPARA a mis en chantier, en collaboration avec la DRAC, la réalisation d’une base de données consacrée aux associations du patrimoine en Rhône-Alpes accessible depuis septembre 2001 sur le site de la DRAC Rhône-Alpes.

Voir le site de l’ALPARA

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Classé dans archéologie, Parution

Les couleurs dans l’Antiquité – série de rencontre de la MOM

Un cycle de séminaire a lieu chaque année le mercredi dans l’amphithéâtre Benveniste [1].

Ce séminaire est ouvert à toute personne extérieure intéressée par le thème.

Contact : Isabelle Boehm, professeur à l’université Lumière Lyon 2-HiSoMA


SÉMINAIRE 2010-2011 – Supports de la couleur

Objets colorés

MERCREDI 8 DÉCEMBRE 2010

– 18h – « The Blue and the Red : Glass, faience and pottery at Amarna and beyond », Paul T. Nicholson

MERCREDI 19 JANVIER 2011

– 14h – « Le verre, couleur et transparence : les modes de coloration du verre, des origines au XIXe siècle », Bernard Gratuze, physicien

– 15h – « Couleurs et goûts dans la verrerie grecque de l’Antiquité », M.-D. Nenna

MERCREDI 16 FÉVRIER 2011

– 18 h – « Des couleurs pour quoi faire ? Fonctions de la polychromie dans la sculpture grecque », Adeline Grand-Clément

Architecture

MERCREDI 16 MARS

– 18h – « Matériaux et couleurs dans les mosaïques de Thessalie à l’époque impériale », Andreas Phoungas

MERCREDI 27 AVRIL 2011

De 16 heures à 18 heures

– « Des peintures murales vieilles de 11 000 ans à Dja’de (Syrie) : nature et recherche de signification », Éric Coqueugniot

– « Les peintures murales du site de Mari (Syrie) », Béatrice Muller

– « La couleur dans l’iconographie minoenne et mycénienne : formes artistiques et réalité visuelle », Fritz Blakolmer

– « Entre peinture et relief : quelques décors hellénistiques au proche-Orientt », Hélène Eristov

MERCREDI 18 MAI

– 18h – Exposés d’étudiants

Télécharger l’affiche (pdf)

[1] MOM, 7, rue Raulin-Lyon 7e, rez-de-chaussée

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Classé dans Colloques, débats & rendez-vous

Photos ensevelies du ghetto de Lodz – Henryk Ross

Un exposition du CHRD – Centre d’histoire de la résistance et de la déportation

Du 21 octobre 2010 au 13 février 2011


Miraculeusement conservées, les troublantes photographies d’Henryk Ross dévoilent la vie du ghetto dans ses moments les plus intimes et les plus dramatiques.

Lodz est en 1939 la plus grande citée industrielle de Pologne. Comme dans de nombreuses villes d’Europe orientale occupée, les nazis y établirent un ghetto dès février 1940, « le premier dans l’ordre chronologique et le second, après celui de Varsovie, par l’importance numérique », rappelle Primo Levi. 160 000 Juifs seront enfermés dans le ghetto de Lodz, qui ne sera dissous qu’à l’automne 1944, faisant de lui le ghetto « à la plus longue existence ».

Juif polonais, Henryk Ross est à partir de 1940 nommé par l’administration juive du ghetto pour réaliser des photographies d’identité et de propagande. Tout au long de ses quatre années de détention, il va également réaliser des milliers de clichés rendant compte de la vie quotidienne. Aux images terribles des pendaisons, de la famine et des déportations, semblent se succéder, comme un affront, des instantanés de joie ou de bonheur : couple d’amoureux, famille unie, mère embrassant son enfant, jeunes gens se jouant de la perspective pour le plaisir du photographe.

Les quarante et une photographies présentées au CHRD vibrent de stupeur et d’enseignement : elles nous dévoilent la géographie du ghetto, le fonctionnement d’une société recomposée au travail et sous contrôle, elles nous renseignent sur les mécanismes de l’extermination et nous livrent enfin une part de cet espoir, de ce souffle vital qui, « malgré tout », permet d’entretenir l’idée que la lutte pour la survie peut avoir un sens.

Voir l’annonce complète sur le site du CHRD

CHRD – 14 avenue berthelot Lyon 7e

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Classé dans Expositions

La Maison de l’histoire de France : essai de socio-histoire d’un projet

par Isabelle Backouche (CVUH)

« Un lieu attrayant. Un lieu vivant. L’endroit où il faudra être si l’on aime l’histoire. L’endroit qui fera aimer l’histoire » (1).

Pour apprécier et contrer le projet en cours d’élaboration de Maison de l’histoire de France, la mise en œuvre de mes compétences d’historienne appliquées aux documents disponibles et au profil de leurs auteurs, semble le moyen le plus efficace pour faire pièce à un certain nombre d’affirmations, souvent fallacieuses ou erronées. En effet, le dernier rapport rendu en avril 2010 par Jean-François Hébert prend la précaution de citer en notes les tribunes publiées par des historiens hostiles au projet, afin de contrer leurs argumentaires (2). J’utiliserai ici une autre méthode : faire valoir comment le métier d’historien, dont les promoteurs du projet sont loin de maitriser les savoir-faire, confère une aptitude critique à celui (ou celle) qui l’exerce et permet de ruiner les prétentions du projet de Maison de l’Histoire de France. Depuis plus d’un an, une offensive a été menée contre les sciences humaines et sociales, avec notamment le mot d’ordre de la valorisation de nos savoirs. Et bien, je propose de me livrer à un exercice que je n’aime pas nommer « expertise » mais qui avec ce nom trouvera tout son sens aux yeux des promoteurs de la Maison de l’histoire de France.

Historienne formée aux sciences sociales, je m’arrêterai tout d’abord sur un essai de mise en contexte du projet de la Maison de l’Histoire de France, convaincue qu’il n’est qu’une pièce d’un programme cohérent de destruction du savoir et de sa marchandisation dans notre société. Puis je me prêterai à une lecture croisée des sources disponibles (3) (les rapports publiés sur internet), et à un essai de sociologie des porteurs du projet, étrangers au métier d’historien et à la recherche qui lui donne vie.

Sans vouloir plaider pour une chapelle quelconque, ni revendiquer la moindre exclusivité, on peut prétendre que seuls des historiennes et des historiens peuvent se prononcer sur la validité d’un tel projet, et éclaircir les ambiguités que font régner ses promoteurs entre « musée de l’histoire » et « musée de l’histoire de France » dont les enjeux sont bien entendu radicalement différents. D’emblée, il faut poser une première question : pourquoi le projet n’a-t-il pas été préfiguré par un conseil scientifique comprenant des chercheurs en histoire susceptibles de trancher cette première option essentielle, et la viabilité du choix mis en avant d’une Maison d’histoire nationale. On parle beaucoup ces derniers mois de la professionnalisation, notamment comme débouché des filières de sciences humaines et sociales. Et bien, sur un tel projet, les historiens étaient les professionnels qui devaient être mobilisés en tout premier lieu. Il n’en a pas été ainsi.

Les motifs d’un projet

Rappelons que le projet de Maison de l’histoire de France a découlé d’une demande du Président de la République à la ministre de la Culture et de la Communication pour que soit expertisé « le projet de créer un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France » afin de répondre au goût des Français pour leur histoire (4). Ici, tous les mots sont importants. D’abord le périmètre initial du projet dédié « à l’histoire civile et militaire de la France », devenue aujourd’hui « histoire de France », et alors que le rapport Hébert s’appuie sur l’idée d’un goût des Français pour l’histoire (5), ici, remarquons qu’il est question de « leur histoire ». Alors malgré les promesses d’inscrire cette histoire à une échelle qui déborde le cadre national, il semble que l’adjectif possessif soit ici central. Mais on peut alors se demander quels sont les Français qui seront jugés dignes de s’approprier cette histoire. On voit ici, qu’on entre dans une logique de catégorisation du social, toujours dangereuse mais à forte portée politique aujourd’hui.

Il s’agit peut-on lire de « redonner à l’histoire la place qu’elle a perdue » (6). On retrouve ici la rhétorique de la perte et de la disparition fréquemment pratiquée par le chef de l’État pour introduire ses réformes et moderniser la France. Ne l’a-t-on pas entendu décrire une recherche française misérable et déclassée en janvier 2009 pour justifier le train de réformes que le gouvernement a finalement fait passer, et continue d’imposer à la recherche française pour la soumettre à des logiques gestionnaires étrangères à la production du savoir. Ainsi, la Maison de l’Histoire de France semble découler d’une forme d’évidence : l’histoire doit retrouver une place dans notre société, mais le rapport Hébert s’évertue à nous assurer que ce ne sera pas une histoire officielle. Comment le croire quand on voit la place accordée aux historiens dans la préfiguration du projet ?

Et on peut opposer à cette volonté de réhabilitation de l’histoire dans notre société une double opération de déqualification de la transmission du savoir historien qui s’est faite dans le même temps. D’une part, les programmes du CAPES d’histoire-géographie ont été l’an dernier réduits à leur plus simple expression, c’est à dire à une connaissance minimale de ce que l’élève trouve dans son livre d’histoire. Et on a supprimé l’épreuve dite d’historiographie qui permettait précisément de faire valoir l’histoire comme construction. D’autre part, les programmes du second cycle ont été ravalés à une série de connaissances fragmentées pompeusement intitulées : « Questions pour comprendre le vingtième siècle » (7), toute la démarche consistant à repérer des lieux, des dates et des faits emblématiques. On voit là une communauté de conception avec le projet de Maison de l’Histoire de France qui donne toute sa force à cette offensive contre le savoir dans notre société. Autre point commun, la Maison de l’Histoire de France placera en son centre les nouvelles technologies, initiative louable à condition qu’elle ne soit pas exclusive. De même, le programme de la classe de Première conseille dans sa section « développer son expression personnelle et son sens critique » d’utiliser en premier lieu « de manière critique les moteurs de recherche et des ressources en ligne (internet, intranet de l’établissement, blogs) ». Saine précaution certes, mais le livre n’est pas nommé comme objet susceptible d’une lecture critique.

Autre dimension du projet : la valorisation de la recherche en histoire. Hébert propose de faire de la Maison de l’histoire de France un lieu qui mettra en valeur « l’utilité sociale de la recherche en histoire » (8). Mais les historiens ne souhaitent pas être « utiles » : ils sont soucieux de diffuser leurs recherches, et les pouvoirs publics pourraient tout simplement pratiquer une aide à la publication plus systématique et plus étoffée – notamment pour faire connaître les travaux des jeunes chercheurs et soutenir les revues – plutôt que de faire croire que la Maison de l’histoire de France servira à mettre en valeur leurs travaux.

Enfin, on peut clôre cet essai de mise en contexte du projet de Maison de l’Histoire de France en citant les propos récents de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : « Il faudra aussi faire évoluer les études d’histoire et géographie, trop spécialisées : personnellement, je crois beaucoup aux bi-diplômes. Si l’on ajoutait de l’anglais, des technologies de l’information, du droit ou de la gestion, les diplômés en histoire pourraient plus facilement trouver à être embauché – comme en Allemagne ou en Angleterre – dans les métiers du tourisme, du journalisme ou de la culture » (9). On retrouve le souci de niveler le niveau de connaissances, déjà présent dans la formation des futurs enseignants du secondaire. A cela s’ajoute une double objection que l’on peut faire à Valérie Pécresse. Les cursus d’histoire proposent depuis fort longtemps des parcours diversifiés à leurs étudiants ce que la ministre semble méconnaitre. Elle se garde surtout de dire que ces bi-diplômes existent déjà mais qu’en raison du manque de moyens et de postes, ils sont presque inaccessibles : la double licence histoire-science politique proposée par Paris I offrait 100 places pour plus de 3000 candidatures par le biais d’admission post-bac cette année. Il ne suffit pas de vanter les mérites de certains parcours universitaires, encore faut-il donner la capacité aux universités d’accueillir tous les bacheliers qui souhaitent s’engager dans une telle voie.

Un généalogiste et un énarque

La qualité même et le parcours de formation des auteurs du projet apparaissent déterminants pour cerner ses ambitions et éclaircir ses objectifs. On peut bien entendu débattre longtemps sur la légitimité à porter le titre d’historien. Pour ma part, je considérerai que la qualité d’enseignant-chercheur, avérée par des publications et une activité d’enseignement, me semble la meilleure garantie pour être capable d’élaborer un nouvel outil au service de la recherche en histoire. Or que remarquons nous. Parmi les trois auteurs de rapports ayant mené à l’annonce de l’installation de la Maison de l’histoire de France au Archives nationales, seul Jean-Pierre Rioux répond à la définition précédente mais sa mission consistait à faire l’expertise des lieux possibles d’installation. Il est étrange d’avoir sollicité un historien sur ce versant de l’étude et de ne pas lui avoir confié la partie scientifique de l’opération.

Les deux hommes qui ont préfiguré la Maison de l’Histoire de France ont un point commun : ils sont tous deux passés par le ministère de la Défense. Hervé Lemoine s’y est occupé, à divers titres, des archives entre 1988 et 2007 tandis que Jean-François Hébert a été conseiller dans les cabinets ministériels de la Défense (1993-97), puis secrétaire général pour l’administration du ministère de la Défense jusqu’en 2002.

Hervé Lemoine a élaboré un premier rapport en 2008. Sa biographie « officielle » sur le site du ministère de la Culture et de la Communication signale qu’il est titulaire « d’une licence d’enseignement en histoire et géographie et d’un DEA en histoire contemporaine et en sciences politiques ». Les différents sites consultés ne donnent pas de références bibliographiques attestant d’une activité de chercheur en histoire. Par contre, il a enseigné les sciences auxiliaires de l’histoire à Sciences-Po entre 1999 et 2006. Auparavant, il avait créé un cabinet spécialisé dans les recherches sur l’histoire des familles, et exercé les fonctions de vice-président de la Chambre syndicale des généalogistes-héraldistes de France. Voici une compétence importante pour mettre en place un musée de l’histoire de France qui « contribuera à faire vivre notre identité nationale auprès du grand public » (10), le généalogiste étant le spécialiste de la filiation, donc de la quête des origines. Mais nous savons qu’un bon généalogiste n’est pas un historien. Hervé Lemoine n’a d’ailleurs pas tardé à renouer avec ses affinités généalogistes, une fois nommé aux Archives nationales, puisqu’il y a organisé les 25 et 26 septembre 2010, « un forum de la généalogie » (11).

Plusieurs biographies disponibles sur le net (12) placent le travail d’Hervé Lemoine sous le signe d’une proposition de Fernand Braudel : « Décrire, voir, faire voir, pour faire comprendre l’histoire », sans que cette phrase ne soit jamais référencée dans les écrits de Braudel. Cette formule, en forme de slogan, donne son titre à la deuxième partie du rapport de Lemoine (13). Et ultime réemploi, on retrouve cette phrase, le slogan cédant la place à l’incantation, dans la lettre de mission du Ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, datée du 22 septembre 2009, à Jean-François Hébert, auteur du dernier rapport publié sur la Maison de l’histoire de France. Une telle répétition a du sens pour l’historien qui croise ses sources, et qui retrouve cette même affirmation sous la plume de tous les promoteurs de l’opération : il s’agit de faire valoir la figure tutélaire de celui qui est reconnu comme l’un des plus grands historiens du XXe siècle en France. Il est facile d’invoquer les grands historiens disparus, mais un tel procédé relève pourrait-on dire d’une méthode qui s’apparente davantage à la communication qu’à la référence savante. Et si Braudel doit donner l’exemple, alors pourquoi ne pas avoir sollicité l’avis d’historiens qui appartiennent au Centre de recherches historiques, créé précisément par Fernand Braudel en 1949 (14). Une telle omission, comparée à l’usage de la figure de Braudel, n’est pas un simple oubli. C’est une manipulation d’un label historien que les chercheuses et chercheurs en histoire ne peuvent tolérer.

Enfin, le rapport le plus récent a été confié à Jean-François Hébert, formé à l’ENA, conseiller Maître à la Cour des comptes, directeur du cabinet de Christine Albanel, puis nommé président du Château de Fontainebleau, un parcours qui ne lui confère ni une connaissance approfondie de la recherche en histoire, ni une véritable légitimité pour penser le projet scientifique d’un établissement dédié à l’histoire (15).

Le métier d’historien

Car tel est bien le problème central. Malgré des compétences avérées dans plusieurs domaines, les deux hommes qui portent le projet ignorent le métier d’historien et surtout ses évolutions qu’on ne peut qualifier de récentes puisqu’elles remontent à l’entre-deux-guerres.

On peut d’abord s’étonner qu’un conservateur général du patrimoine, modifie le titre initial d’un rapport rendu en avril 2008 et qui ne portait pas le titre de « Maison de l’histoire de France », mais bien celui de « Rapport pour la création d’un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France ». Il me semble qu’un rapport, une fois rendu public, est un document qui doit ensuite garder toute son intégrité. Or le projet publié sur le site du ministère depuis le mois de septembre a vu son titre modifié, et le titre d’origine basculé en sous-titre.

La première entorse au métier d’historien est de légitimer l’intervention de l’État en faveur de l’histoire sous condition que ce soit une histoire nationale. On a ici une habile confusion entre un État, promoteur d’une politique en faveur de l’histoire – et il vaudrait mieux parler de la recherche en histoire – et une France, objet de cette histoire, qui nous dit-on « souffre » à la fois de son histoire et de son identité (16). Ainsi, la Maison de l’histoire de France, et surtout les historiens qui y contribueraient, seraient les médecins du peuple français, malade et inquiet. On pouvait penser que les évolutions historiographiques de ces quatre vingt dernières années écarteraient le risque d’un telle instrumentalisation de l’histoire, grossière et pathétique. Mais voilà, Hervé Lemoine est loin de la recherche historique, il peut donc prétendre que l’histoire est apte à panser les plaies des Français, qui d’ailleurs ne sont pas vraiment objectivées. Il procède ainsi à une personnalisation de l’histoire, telle une muse, qui l’éloigne de son statut de science qui tire sa spécificité non de ses potentialités bienfaitrices mais de procédures expérimentales peu évoquées.

Lemoine pratique la dénégation en prétendant qu’un des effets pervers de la préoccupation des gouvernants pour la façon dont l’histoire est écrite et transmise est qu’il interfère avec le travail de l’historien en cherchant à lui imposer ses propres visions, ses propres interprétations (17). Il ne serait donc pas question de tomber dans ce travers avec la Maison de l’histoire de France ? Mais suffit-il de dire qu’à d’autres époques l’effet pervers a pu exister pour s’en écarter ? Ici encore, c’est un moyen bien grossier pour dénier ce qui est en réalité le cœur du projet. De même, le rapport Hébert dénie la possibilité d’une « histoire officielle » au sein de la Maison de l’histoire de France. Mais il y a ici confusion – délibérée ou pas – entre utilisation politique et construction du discours historique. En effet, tout discours historien est construit à partir des questions du présent. C’est une évidence que de le rappeler. Alors, inutile de prétendre que le pouvoir politique n’interviendra pas dans la conception de cette institution. C’est un vœu pieux, et c’est surtout méconnaitre le travail de la recherche en histoire. A partir du moment où il y a construction, c’est à dire impossibilité d’une sorte de neutralité, alors le parcours que proposera la Maison de l’histoire de France, par le simple tri qu’il opérera figera une vision particulière de l’Histoire de France. Et c’est une telle opération que nous, historiennes et historiens, trouvons dangereuse, sans qu’il soit nécessaire d’agiter le spectre de la censure politique. Mais le rapport Hébert ne l’utilise pas naïvement à mon sens, c’est une façon de pratiquer le déni pour faire passer « innocemment » un projet tout aussi risqué que celui qui revendiquerait ouvertement ses prétentions idéologiques.

Relevons dans le rapport Hébert toute une série d’affirmations erronées et périmées sur le rapport de l’historien à ses sources. Il nous donne comme garantie de la validité du projet le fait qu’il sera fondé sur la « réunion d’un ensemble de musées nationaux, ce qui aura pour effet de la doter d’emblée d’un socle de collections » (18). Voilà déjà une vision bien restrictive et désuète puisqu’au lieu de partir d’une problématique qu’il serait ensuite question de mettre en scène dans le futur Musée, il faudra se contenter des ressources disponibles, un peu comme si un historien engageait sa recherche à partir d’une pile de cartons d’archives disponibles. Ajoutons que cette proposition est aussi une garantie de conformer le futur établissement à la RGPP, comme il en est question dans la cinquième partie du rapport Lemoine intitulé : « Un rapport exemplaire du point de vue des principes de la révision générale des politiques publiques » (19). Donc, la Maison de l’histoire de France sera un bon élève, et il y a peu de chances qu’elle s’engage dans une politique coûteuse d’emprunts à d’autres établissements. Il faudra donc faire cette histoire de France à partir des collections des musées de Saint-Germain-en-Laye, de Cluny, d’Ecouen, du château de Fontainebleau, de la Malmaison, du palais de Compiègne, et d’autres encore qui ne sont pas cités.

Autre rapport problématique aux sources, J-F. Hébert suggère que le comité scientifique qui définira les axes de recherche promus par la Maison de l’Histoire de France se hasarde à « encourager les projets de recherche exploitant des sources inédites de l’histoire » (20). Ainsi la nouveauté d’une recherche reposerait sur le caractère « inédit » d’une source, un peu à la manière d’un scoop. On a là une conception de l’histoire dont la qualité reposerait sur la révélation et l’effet de surprise comme garanties d’une innovation, à l’image d’une « culture voyeuriste » qui fleurit dans notre société. C’est donc bien un projet d’histoire ancré dans son époque que nous propose J-F. Hébert. Autre proposition surprenante à propos des sources : il faudrait que « des sources fondamentales de notre histoire soient éditées » (21). On peut immédiatement poser la question de savoir ce qu’est « une source fondamentale » ? Il est donné en exemple des correspondances de grands hommes. Affleure encore ici une conception de l’histoire qui réifie les sources, leur attribue une valeur intrinsèque que le questionnement historien depuis près d’un siècle a relativisé au bénéfice d’une pratique réflexive qui place au centre de l’enquête historienne la construction d’une problématique et non les sources.

Finalement, la question qui justifie le projet procède d’une double interrogation qui mérite d’être mise en exergue : « Ainsi, « depuis quand la France ? » présuppose de s’interroger sur « qu’est-ce que la France ? » et c’est bien cette question centrale qui est au coeur du projet de création d’une « maison de l’histoire » aux Invalides » (22). Une telle naturalisation de l’objet de l’enquête est inacceptable : on passe d’une dimension chronologique à une dimension ontologique et, ce faisant, il me semble que l’historien n’a plus sa place dans l’enquête.

Ultime incartade au métier d’historien, à mettre au compte de J-F. Hébert. La « Galerie de l’histoire de France » proposera trois niveaux : la découverte, l’approfondissement et le débat. Intéressons nous au troisième niveau. On lit : « Le parcours général de la galerie de l’Histoire de France doit introduire le visiteur au débat contradictoire indispensable à la compréhension du récit historique, antithèse et antidote à toute histoire officielle. Autour d’un socle factuel, il montrera les différentes présentations auxquels les événements ont donné lieu sur le moment même et les interprétations divergentes qui en ont été tirées par la suite » (23) . Cette proposition est d’une grande naïveté : en quoi consistera le « socle factuel » qui échappera à la suspicion d’être une présentation particulière des faits, voire une interprétation des faits. Cette vision des choses découle de l’idée que l’histoire pourrait être neutre, isolée d’une construction qui nécessairement répond aux questions du présent. L’historiographie enseignée aux étudiants ne prétend pas leur dire : voilà ce qu’est l’histoire, et voilà les histoires qui en ont été faites. Cette dualité n’a aucun sens, elle vide de son contenu la fameuse « galerie de l’histoire de France », ou plutôt, elle démasque le parti pris sur lequel elle reposera forcément, malgré les allégations de ses concepteurs.

Le site de l’Hôtel de Soubise

A propos du site choisi, le quadrilatère du Marais qui abrite les archives nationales depuis le début du XIXe siècle, les rapports entre eux sont contradictoires. Le récent arbitrage a fait le choix du site des Archives nationales, prenant acte de l’abandon du projet de rénovation du musée des Archives, fermé depuis 1995 mais en cours de refondation depuis 2000 sous l’égide d’un véritable comité scientifique (24). Or, on pouvait lire en 2008 à propos du « projet scientifique pour le musée des Archives nationales » (25) : « Le décor intérieur prestigieux de ces bâtiments, tout en étant l’un des principaux attraits du Musée, constitue une contrainte architecturale qui s’impose à toute présentation muséographique et qui suppose une collaboration étroite avec les services compétents de la direction de l’Architecture et du Patrimoine ». Ainsi, les contraintes de 2008 seraient devenues des atouts pour accueillir le projet de Maison d’histoire de France en 2010 ? On a là, à deux ans d’intervalle, des affirmations peu crédibles. On apprend dans le rapport Hébert que le travail de préfiguration de ce musée des Archives nationales a abouti à une impasse en 2005, à partir du moment où le déménagement à Pierrefitte était lancé (26) . Il faut peut être plutôt envisager que le travail d’un véritable conseil scientifique a été mis au placard au profit du programme actuel dont nous avons démontré le caractère instrumental et peu crédible sur le plan scientifique.

Notons enfin qu’est rattaché au Musée des archives nationales, depuis les années 1950, un service éducatif qui accueille des élèves de tous les âges et des étudiants, pour les faire participer à des ateliers thématiques qui permettent de mettre en valeur le travail historien à partir des archives (27). La prétention affichée par le rapport Hébert d’enfin mettre à la disposition de tous les publics une institution susceptible de mettre à leur disposition le travail de l’historien est une fiction, ou plutôt une méconnaissance de l’existant pour faire valoir l’idée d’une innovation. Précisons que le service éducatif n’est pas doté d’un budget très important, mais que la méthode consiste à supprimer ce qui existe pour faire croire qu’on va inventer. Alors comment peut-on accepter de lire : « Il est fondamental que le monde enseignant s’approprie la Maison de l’Histoire de France qu’il doit considérer comme le prolongement naturel, comme le complément indispensable, de l’enseignement dispensé en classe » (28).

J’ai souhaité instruire ma critique du projet de Maison de l’Histoire de France à partir de ma double expérience, de chercheuse en histoire et d’enseignante en poste aux Archives nationales. En contextualisant le projet et en procédant à une lecture critique des rapports de préfiguration, il semble difficile d’imaginer que cette future institution sera susceptible de promouvoir la recherche en histoire quoi qu’en disent ses défenseurs pour la simple raison qu’ils ignorent, par naïveté ou cynisme, les contraintes du métier d’historien.

Isabelle Backouche
Maître de Conférences en histoire, EHESS-CRH

Sites consultés :

http://www.louvrepourtous.fr/Jean-F…

http://www.latribune.fr/entreprises…

http://www.artclair.com/oeil/archiv…

http://geneinfos.typepad.fr/geneinf…

• Le blog de la fédération française de la généalogie http://leblog-ffg.over-blog.org/art…

http://www.connaissancedesarts.com/…

http://www.archivesdefrance.culture…

Les trois rapports utilisés comme sources sont consultables à l’adresse suivante :

http://www.culture.gouv.fr/mcc/Actu…

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Notes :

(1) Rapport Hébert, p. 17.

(2) Rapport Hébert, p. 11, note 15 et p. 16, note 22.

(3) Il s’agit de H. Lemoine, « La Maison de l’Histoire de France ». Pour la création d’un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France, avril 2008 ; J-P. Rioux, Sites susceptibles d’accueillir un musée de l’Histoire de France, Mai 2009 ; J-F. Hébert, Éléments de décision pour la Maison de l’Histoire de France, avril 2010.

(4) http://www.defense.gouv.fr/salle-de-presse/communiques/ministre/rapport-d-herve-lemoine-creation-d-un-centre-de-recherche-dedie-a-l-histoire

(5) Rapport Hébert, p. 6

(6) Rapport Hébert, p. 16.

(7) Voir plus précisément pour la classe de Première, le programme paru au BO du 30 septembre 2010, http://www.education.gouv.fr/cid533…

(8) Rapport Hébert, p. 13.

(9) Le Figaro Magazine, 16 octobre 2010. Valérie Pécresse y commente la publication du premier palmarès des universités françaises.

(10) Lettre de mission du 31 mars 2009 du président de la République à Eric Besson, ministre de l’immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale, cité dans Libération du 15 octobre 2010, p. 1

(11) http://leblog-ffg.over-blog.org/article-herve-lemoine-nouveau-directeur-des-archives-44181930.html. Plusieurs photos sont accessibles à cette adresse attestant de la tenue de l’événement.

(12) Nous donnons à la fin de ce texte, toutes les adresses des sites que nous avons visités.

(13) Rapport Lemoine, p. 25. Notons une variante, liée probablement à des copies hâtives : « Décrire, voir, faire voir et comprendre l’histoire ». Aucune référence ne permet de stabiliser la phrase attribuée à Braudel, nouvelle incartade au métier d’historien.

(14) Seul Marc Ferro est cité, sans qu’on sache le rôle qu’il a joué dans la consultation. Il semble que ce soit au titre de son appartenance au conseil d’administration des archives nationales.

(15) Remarquons dans sa biographie un passage en 1989-90 dans les établissements de préfiguration de la bibliothèque de France dont on sait combien l’architecture et les bâtiments sont au service de la communauté scientifique…

(16) Rapport Lemoine, p. 17-18. Plusieurs textes d’historiens sont cités à l’appui de cette affirmation, et je laisse à ces auteurs la responsabilité de leurs écrits mais je ne suis pas certaine que leur diagnostic appelait une Maison de l’Histoire de France comme mode de guérison des maux des Français. Disons peut-être qu’ils ont joué aux apprentis sorciers.

(17) Rapport Lemoine, p. 17

(18) Rapport Hébert, p. 10

(19) Rapport Lemoine, p. 58

(20) Rapport Hébert, p. 13, note 18.

(21) Rapport Hébert, p. 14.

(22) Rapport Lemoine p. 65

(23) Rapport Hébert, p. 11.

(24) Sont cités parmi les historiens en faisant partie : Daniel Roche, Pierre Nora, Jacques Olivier Boudon, Alain Corbin.

(25) Rapport Lemoine, p. 80

(26) Rapport Hébert p. 30.

(27) Détachée à mi-temps de l’enseignement secondaire, j’ai travaillé neuf ans dans ce service éducatif, de 1987 à 1996, et j’ai par exemple conçu un atelier thématique fondé sur une sélection d’archives repérées au cours du travail de thèse que je réalisais au même moment sur les relations entre Paris et la Seine. Une véritable synergie existait entre professeurs d’histoire, documentalistes, archivistes et conservateurs pour faire vivre un lieu qui accueillait plusieurs milliers d’enfants et d’étudiants par an.

(28) Rapport Hébert, p. 12.

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Fouilles archéologique du Quai St Antoine – Lyon

 

Par le service municipal d’archéologie de la ville de Lyon.

Opération : Diagnostic d’archéologie préventive (20 juillet – 23 septembre 2010)
Post-fouille : Rapport achevé

Au cœur du projet ambitieux de réaménagement des berges de la Saône porté par la municipalité dans le cadre du mandat actuel, un diagnostic d’archéologie préventive a été réalisé par le Service archéologique de la Ville de Lyon sur le quai Saint-Antoine et la place d’Albon. En rive droite de la rivière, au nord du pont Maréchal Juin, l’emprise diagnostiquée de 5000 m² correspond à une étude de faisabilité pour un parc de stationnement souterrain. L’ouvrage projeté remplacera le parking aérien actuellement installé sur le bas-port et rendra la berge au piéton en recréant le lien longtemps perdu entre la presqu’île et le fil de l’eau.

Afin d’impacter le moins possible la circulation automobile, la vie du quartier et de permettre une restitution pour la rentrée scolaire des cours de récréation situées sur le quai, l‘opération archéologique a été programmée entre le 20 juillet et le 23 septembre 2009. La gestion d’un flux automobile sur un axe important et la nécessité de maintenir tous les réseaux d’alimentation et d’assainissement enterrés ont constitué une forte contrainte sur la conception de l’intervention.

Au final, sept sondages archéologiques sur les dix initialement prévus ont pu être réalisés : quatre sur le quai Saint-Antoine et trois sur la place d’Albon. Tous les sondages ont été blindés par un système de panneaux métalliques coulissants sur poteaux d’angle pour atteindre une profondeur de travail de 6,5 m. La profondeur du parc de stationnement envisagé étant bien supérieure (20 m), ces sondages ont été complétés par une campagne de dix sondages géotechniques descendant à 20 m, soit la profondeur déjà estimée du socle rocheux dans cette zone. Les sondages archéologiques et géotechniques ont été positionnés pour former des transects sud-nord et est-ouest.

Le haut-port arboré du quai Saint-Antoine établi au milieu du XIXe siècle étant difficilement accessible, un seul sondage (B1) a pu être ouvert sur la partie nord-ouest du quai. Il a mis en évidence, sur plus de 5 m, un apport massif de remblais de démolition retenus par le mur de quai actuel construit après les inondations de 1840 et 1856.

Le sondage D2, implanté sur la voie de circulation au nord du quai, a permis la mise au jour de vestiges modernes du quai. Quelques décimètres sous les niveaux actuels, le niveau de circulation du quai au XIXe siècle subsiste partiellement avec les traverses de la ligne 5 du tramway inaugurée en 1880. En bordure ouest du sondage, le parapet du quai Villeroy (achevé en 1720) est arasé au niveau de son trottoir. Le puissant mur du quai sectionne un ensemble d’immeubles mitoyens dont ne demeurent que les espaces souterrains. Ce bâti moderne occupe le bord de Saône sous le quai Saint-Antoine depuis le pont de pierre jusqu’à la rue Dubois et constitue le soutènement même du quai Villeroy.

Plus à l’est, à l’angle de la rue Dubois et du quai Saint-Antoine, le sondage D3 a confirmé la présence des immeubles formant rive et détruits pour laisser place à un quai dégagé. Dans les deux sondages (D2 et D3), les conditions techniques de la fouille n’ont pas permis l’exploration de la stratigraphie sous le sol des caves repéré à 6,5 m de profondeur. Ces vestiges sont scellés par des nappes de sols indurés attribuables au quai du début du XVIIIe siècle, puis par les rails du tramway de la fin du XIXe et du XXe siècles.

Un dernier sondage (D5) plus au sud à l’angle de la rue Grenette a toutefois permis une lecture continue de la stratigraphie. Un égout maçonné en pierre dorée daté du XVIe siècle recoupe des niveaux de berges des XVe-XVIe siècles, puis au XVIIe une grande tranchée entaille tous les niveaux d’accumulation et condamne l’égout. Le comblement massif et détritique de cette incision pourrait être attribué à l’aménagement du quai Villeroy au début du XVIIIe siècle.

Aucun contexte antérieur à la Renaissance n’a été observé sur le quai Saint-Antoine. L’occupation des berges par des immeubles construits au fil de l’eau est attestée par une abondante iconographie qui illustre des constructions identiques sur chaque rive en amont et en aval du pont de pierre au moins depuis le XVIe siècle (plan scénographique de Lyon).

Les trois sondages ouverts place d’Albon ont révélé une occupation particulièrement dense depuis l’Antiquité (Ier siècle) jusqu’au dégagement de la place au début du XIXe siècle. La stratigraphie a été largement amputée par le creusement de caves modernes au centre et au sud de la place, mais si les niveaux médiévaux ont pu disparaître, les fondations antiques, ancrées dans les dépôts alluvionnaires, sont épargnées. Le mobilier céramique est insuffisant pour proposer une chronologie très précise, mais l’installation antique doit être située assez précocement dans le Ier siècle apr. J.-C.

Si aucun sol n’est conservé dans les sondages F1 et F2, le sondage E1 a livré une stratigraphie complète pour l’Antiquité, le Moyen Âge et l’époque moderne. Sur un niveau d’éclats de gneiss (nivellement et assainissement du terrain naturel), un mur nord-sud et des sols en terre battue témoignent d’une occupation a priori domestique permanente du Ier au IIIe siècle. Les derniers niveaux antiques sont ensuite perforés par un réseau organisé de trous de pieux parallèles à la rivière. L’altimétrie de ces pieux et leur diamètre modeste (10-15 cm) semblent plus les vouer au soutènement d’un ouvrage aérien en bois qu’à une fondation supportant une élévation maçonnée. En se substituant à un ensemble bâti, ils témoignent manifestement d’un réaménagement majeur du site. Malheureusement, l’absence de mobilier et l’amplitude chronologique de leur environnement stratigraphique – entre la fin de l’Antiquité et le Moyen Âge central – n’autorisent pas une datation précise.

L’ensemble de l’occupation antique s’établit largement à l’ouest du tracé supposé d’un quai antique repéré au XIXe siècle sous la rue Mercière. Les sondages du quai Saint-Antoine n’infirment pas cette hypothèse, mais le positionnement des structures antiques sur la place constituent une avancée inattendue qui induit un infléchissement important du tracé de la berge ou l’existence d’un promontoire lié au franchissement de la rivière.

La période paléochrétienne et le haut Moyen Âge n’ont pas laissé de traces matérielles. Le Moyen Âge central est bien représenté dans le sondage E1. Le bâti antique est entaillé par plusieurs fosses et recouvert par les « terres noires ». Ces structures ont livré un cortège classique d’oules à lèvres en bandeau et quelques fonds marqués.

Dans cette même séquence médiévale, trois murs successifs et superposés, montrant de faibles décalages d’orientation nord-sud, viennent occulter les trous de pieux. Aucun sol ne peut leur être associé. Plus à l’est, dans le sondage F1, un puits englobé dans le bâti moderne pourrait avoir été creusé au Moyen Âge.

Les vestiges de l’époque moderne sont bien présents. Les immeubles qui étaient encore en élévation au XXe siècle, au sud de la place d’Albon, ont été fortement remaniés. Il en est de même dans le sondage F1 où le bâti montre de multiples reprises entre les XVIe et XIXe siècles. Les structures modernes du sondage E1 sont bordées par un sol (XVe-XVIe siècles) de galets de rivière en forte déclivité vers la Saône. On signalera enfin, pour le début du XIXe siècle, un bel ensemble de vaisselle recueilli dans le comblement d’une fosse septique (sondage F1).

L’analyse géomorphologique du quai Saint-Antoine s’appuie sur les sondages géotechniques. Les cinq sondages réalisés donnent des profils altimétriques pour la charge de fond de la Saône. Le mobilier céramique retiré des carottages, révèle la présence de matériel moderne déposé très profondément dans ces niveaux sablo-caillouteux immergés. Cette présence d’éléments anthropiques incite à considérer comme secondaires une grande partie des sédiments mixtes ou rhodaniens identifiés au-dessus du lit majeur de la Saône.

Les sondages archéologiques de la place d’Albon ont permis une observation directe des dépôts alluvionnaires superficiels. Cinq autres sondages géotechniques ont assuré une lecture profonde de la sédimentation. Dans une séquence dépourvue de pollution anthropique, la pression du Rhône au Ier âge du Fer est lisible, il est par ailleurs possible d’envisager un site de confluence au sud-est de la place. Une fois que la Saône a pu revenir sur son tracé oriental, elle a déposé une épaisse couche de sédiments de débordements sur le site de la place d’Albon. Toutefois, l’inclinaison des dépôts alluvionnaires de cette plaine d’inondation atteste l’existence d’une dépression (bras actif ou lône) colmatée naturellement ou asséchée par la main de l’homme au début du Ier siècle apr. J.-C.

Opérateur :
Service archéologique de la Ville de Lyon

Aménageur :
Grand Lyon

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Classé dans Archéologie en Rhône-Alpes

Fouille d’un quartier antique de la ville de Roanne

Rodumnia ou les racines Ségusiaves de Roanne

De juin à septembre 2010, les archéologues de la société Archeodunum ont pu explorer, dans le cadre d’une opération préventive,  un nouveau quartier antique de la ville de Roanne (Loire). Ils ont mis au jour des vestiges d’habitat et d’installations artisanales assez bien préservés des injures du temps.

Les recherches menées dans cette ville depuis la fin du XIXe siècle ont peu à peu démontré l’ancienneté de l’agglomération. Rodumna a ainsi été occupée sans discontinuer de la Protohistoire à l’époque romaine : du IIe siècle avant notre ère jusqu’au IIIe siècle après. L’agglomération faisait partie du territoire des Ségusiaves ayant pour capitale Forum Segusiavorum (Feurs). Située au carrefour de plusieurs voies, la bourgade se limitait durant l’époque gauloise au quartier situé autour de la rue Gilbertès, tandis que la ville gallo-romaine, s’étendant vers le nord et le sud-ouest, atteignait plus de 30 hectares.

Un quartier des premiers siècles de notre ère

La fouille conduite au 71 rue de Charlieu se situe dans l’extension nord de la ville du début de notre ère. Elle complète le plan urbain antique autant qu’elle confirme certaines hypothèses relatives au réseau viaire et à la vocation artisanale du quartier.Dans la partie orientale de l’emprise de la fouille, un tronçon de voie d’orientation nord-sud a été reconnu. Il correspondrait à une rue venant du centre de l’agglomération. A l’instar du développement de la ville  gallo-romaine autour de l’axe voisin de la rue Albert Thomas, un quartier s’est constitué le long de cette voie. La rue de Charlieu en pérennise le tracé.

Un espace artisanal

Ce quartier se caractérise par la présence de structures artisanales, comme le laissait présager le four de potier fouillé en 1990 par l’AFAN sur une parcelle voisine. L’importance de l’activité de production de céramique a été confirmée par la découverte d’un nouveau four et de deux emplacements de tours de potiers. Une production métallurgique est également attestée par la mise au jour d’un dépotoir de forge situé en bordure de la voie. Afin d’assurer l’approvisionnement en eau, quatre puits avec un cuvelage en pierre sont installés près des structures artisanales et des bâtiments.

Architecture des vestiges

Au nord de ce secteur artisanal, un grand bâtiment est séparé de la voie antique par un portique dont témoigne la présence de bases de piliers. De l’autre coté de la rue, trois pièces semi-enterrées, d’une vingtaine de mètres carrés chacune, ont été dégagées. Elles étaient toutes accessibles par un escalier. L’une d’entre elles présentait la particularité d’avoir un puisard maçonné en brique dans un angle. Une autre contenait une amphore intégrée au sol de la pièce et utilisée comme vide sanitaire.  Leurs murs étaient constitués d’un solin de pierres liées au mortier haut de 80 cm et d’une élévation en pans de bois et briques crues. La base de ces parois était recouverte d’un décor peint moucheté, tandis que le sol des pièces était composé de mortier de tuileau et de terrazzo. Les autres bâtiments découverts sur le site étaient fondés sur des poteaux de bois directement plantés dans le sol ou bien maintenus par un petit solin de pierres.L’abondant mobilier archéologique  livré par le site et notamment par plusieurs dépotoirs permettra au terme de son étude de restituer chronologiquement l’évolution du quartier du Ier au IIIe siècle de notre ère.

Séverine Mayoud, Archeodunum

Note : l’article ci-dessus est également publié, avec photos, dans le numéro de Novembre-Décembre de la revue ArchéoThema

 

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Archéologie environnementale de la France

Publié le jeudi 21 octobre 2010 · Mis à jour le jeudi 21 octobre 2010
Par Stéphanie Thiébault
Collection Archéologies de la France
Coédition La Découverte et Inrap
22 € – 180 pages
Sortie en librairie : novembre 2010
Grâce au développement considérable des fouilles archéologiques préventives mais aussi aux progrès des techniques d’analyse, l’archéologie environnementale connaît un essor sans précédent. La compréhension des environnements du passé, de leur évolution, des impacts qu’ils ont subis et de la réaction du vivant (végétaux, animaux, humains) constitue un élément de réflexion fort pour le présent et l’avenir de l’humanité. Depuis l’apparition de l’homme, et surtout depuis les débuts de l’agriculture, les sociétés humaines ont significativement modifié leurs écosystèmes et les cycles du vivant.
Plus récemment, elles ont commencé à altérer l’environnement global de la planète à une échelle encore inconnue jusque-là. Le développement, à partir des années 1970, des études paléoenvironnementales en archéologie par des chercheurs de plus en plus nombreux permet aujourd’hui de proposer une multiplicité de scénarios, passés comme futurs.
Ainsi, l’archéologie environnementale a une double fonction. Elle contribue à une meilleure connaissance de l’évolution de l’homme et des sociétés et prend part à l’évaluation, à la prospective et à la prise de décision concernant l’avenir de notre planète, par son approche historique des dynamiques socioenvironnementales. Fondé sur des analyses réalisées le plus souvent dans le cadre de l’archéologie préventive, cet ouvrage présente les différentes disciplines environnementales et les résultats les plus significatifs obtenus ces dernières années.

Stéphanie Thiébault, directeur de recherche au CNRS, est archéobotaniste. Elle est spécialisée dans l’analyse des charbons de bois issus des sites archéologiques, ou anthracologie, discipline qu’elle a contribué à développer en France et à l’étranger. Elle prend une part active à l’accroissement des études environnementales en archéologie par son implication dans l’enseignement et la recherche.

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Une nécropole du Bas-Empire dans la Drôme

Croze – Lotissement Les Terrasses de Savasse II

INRAP

code opération : HB 22010601
à Savasse, Drôme

Description

Préalablement à la construction d’un lotissement à Savasse, dans la Drôme, une nécropole de la fin de l’Antiquité a été mise au jour sur une superficie d’environ 1 400 m². Située au pied du village médiéval, au nord de Montélimar, en bordure de la vallée du Rhône, cette nécropole pourrait être en relation avec une voie et des constructions antiques précédemment identifiées lors de sondages au nord-est du site.

Résultats

Une nécropole du Bas-Empire
128 sépultures sont organisées en rangées est-ouest sur un replat de versant. Dans les tombes, majoritairement orientées nord-sud, les corps sont allongés sur le dos, la tête souvent au nord. L’espace régulier entre chaque fosse, l’absence de recoupement et de réutilisation des tombes suggèrent qu’aucune contrainte environnementale ne limitait l’extension spatiale de la nécropole. Même si les sols de circulation contemporains ne sont pas conservés, on pense que les sépultures étaient signalées en surface. Les premières datations fournies pas le mobilier et la typologie des sépultures permettent de rattacher cet ensemble au Bas-Empire (IVe-Ve siècles de notre ère).

Cercueils, coffrages de tuiles et inhumation en amphore
La plupart des sépultures sont constituées de coffrages en matériaux périssables. Une seule inhumation en amphore a été observée. Ces dernières étaient généralement réservées aux très jeunes enfants. Dans les sépultures utilisant des matériaux périssables, le corps est déposé dans un coffrage de planches clouées ou dans un contenant évoquant un tronc d’arbre évidé. Les cercueils, en planches clouées, sont présents uniquement dans la partie sud de la nécropole.
Dans 10 % des cas environ, les sépultures sont en bâtières : les coffrages sont réalisés avec des tuiles de second choix, de sections rectangulaire ou triangulaire, de même type que celles utilisées pour les toitures.
Le choix du matériau de construction des coffrages relève sans doute d’une mode ou simplement de la disponibilité des matériaux, mais ne semble pas avoir de rapport avec l’âge, le sexe ou l’appartenance sociale du défunt.

Les pratiques funéraires
Les pratiques funéraires sont bien définies et scrupuleusement respectées. Le dépôt de vases en céramique, sans doute lié à un banquet funéraire, est observé dans les trois quarts des sépultures, souvent au pied du défunt. Certains sont inhumés avec une demi-monnaie dans la bouche ou sur la tête. Quelques-uns sont enterrés habillés, comme en témoignent les quelques objets de parures retrouvés (boucles de ceinture, bracelets, perles de verre…), ainsi que de nombreuses chaussures, dont seuls les clous des semelles sont conservés.
L’homogénéité des pratiques funéraires révélée par la présence presque constante d’objets déposés dans les tombes, comme de la vaisselle, est une des caractéristiques de ce site. Rien ne permet de distinguer le rang social du défunt. La population inhumée, sans doute rurale, pourrait correspondre aux habitants d’une villa ou d’une agglomération proche.

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Classé dans Archéologie en Rhône-Alpes