Diagnostique archéologique rue Isaac (Lyon 9)

vue générale d'un sondage

Opération : Diagnostic d’archélogie préventive (18 juillet – 11 août 2011 et 5 septembre – 19 septembre) Service d’Archéologie Municipale ville de lyon
Post-fouille : Rapport achevé

Le diagnostic réalisé au 35, rue Auguste Isaac (Lyon 9e) constitue la quatrième étape d’une opération d’évaluation du potentiel archéologique d’une parcelle de 15 000 m² soumise à la reconstruction et à la réhabilitation d’un vaste ensemble de logements individuels et collectifs. L’emprise au sol de cette troisième tranche du diagnostic concerne l’implantation, au sud-ouest, de deux futurs bâtiments (A et B) de logements collectifs R-1.

Il fait suite à trois opérations archéologiques réalisées sur l’ensemble de l’ilot, un premier diagnostic dans la partie nord (Bertrand et al. 2009), suivi d’une fouille en 2010 (Jallet et al ., rapport définitif en cours) et un second diagnostic réalisé sur des aménagements paysagers et la reprise des réseaux dans la partie nord-est et sud-est (Liagre et al . 2009).

Le site, implanté dans le nord de la plaine de Vaise, se trouve en rive droite de la Saône. Cette parcelle est située sur un plateau naturel qui s’étend entre les flancs du versant de la Duchère, légèrement au sud de la vallée du ruisseau Rochecardon, et à l’ouest de la plaine alluviale de Vaise localisée en contrebas.

Cette opération, réalisée en juillet-août et en septembre 2011, a consisté en 4 sondages répartis sur l’ensemble de la surface prescrite, représentant une surface cumulée de 445,44 m2 à l’ouverture, soit un total de 9,8 % de l’emprise globale du projet . L’ensemble de ces sondages ont livré des niveaux archéologiques distincts allant de la période préhistorique à la période contemporaine, en atteignant systématiquement les niveaux naturels et stériles du terrain. Les quatre sondages ont livré des structures archéologiques en place ainsi que du mobilier résiduel.

Neuf phases anthropiques correspondant aux périodes de fréquentation ou d’occupation de cette partie sud de l’îlot ont été ainsi documentées :

– phase 1 –Epipaléolithique : un paléosol (US 4057) est conservé dans le sondage 4. D’un point de vue taphonomique, la disposition des éléments lithiques et les remontages effectués sur plusieurs fragments de galets brûlés fracturés sur place présupposent une très faible altération post- dépositionnelle. C’est le cas pour une structure (F 4083) dégagée partiellement dans l’angle sud-est du sondage profond, et dont l’interprétation semble s’orienter vers un foyer de pierres chauffantes.

– phase 2 -Mésolithique : une ou plusieurs industries lithiques très denses sont présentes dans les limons sableux du sondage 4 (US 4055-4056). On les retrouve de manière résiduelle ou secondaire sur l’ensemble de la parcelle, et elles sont particulièrement présentes dans un épais niveau de colluvions du sondage 2 (US 2016).

– phase 3 -Néolithique moyen : des éléments lithiques et céramiques épars et résiduels ont été relevés dans les sondages 2, 3 et 4.

– phase 4 -Campaniforme/Bronze ancien : très présente avec une ou plusieurs occupations synchrones ou successives illustrées par de nombreuses structures en place (niveaux d’occupations, trous de poteaux, foyer, structure bâtie en pierres sèches…) dans les sondages 1, 3 et 4.

– phase 5-Bronze final : avec une fosse (F3023) et un probable TP (F3010) dans le sondage 3, et quelques éléments résiduels sur l’ensemble de la parcelle sondée.

– phase 6-Antiquité : des lambeaux de sol (empierrements : US 1040, 1038) dans le sondage 1 et des structures agricoles : drain (F2012) et fossé (F2014) dans le sondage 2.

– phase 7-Moyen Age : très présente aussi avec deux occupations du haut Moyen Age (7a) et du Moyen Age centrale (7b) composée d’aménagements indéterminés interprétés comme un probable fond de cabane ? (F4023), un fossé (F4020), et deux fosses-silos ( ?) (F 4033, F4036) dans le sondage 4.

– phase 8-Epoque moderne : avec des traces évidentes d’activités agricoles (sillons : F4014) dans le sondage 4.

– phase 9- Epoque contemporaine : des niveaux de terres de jardins sur l’ensemble de la parcelle scellent la stratification du site. Ils sont attestés par les plans anciens depuis le XVIIIe siècle et semblent avoir perduré jusqu’à l’époque contemporaine.

L’analyse géomorphologique réalisée lors de ce diagnostic confirme principalement que des apports alluvionnaires (Saône plutôt que Rochecardon ?) et colluvionnaires (déstabilisation du versant) ont participé à la mise en place et à des remaniements des niveaux anthropiques à diverses périodes.

Enfin, l’observation de deux terrains naturels distincts au nord et au sud de la parcelle sondée suggère l’existence d’un phénomène géomorphologique notable. En effet, une matrice sableuse identique à celle relevée dans les sondages 1 et 2 de la première tranche de diagnostic et lors de la fouille de la parcelle nord a été observée dans la partie nord et centrale de l’emprise ( sondages 4 et 1 : à partir de 169,24 m NG /170,35 m NGF) ; alors qu’à l’inverse, dans la partie orientale et sud de cette parcelle, le terrain naturel se compose de niveaux argileux très compacts d’origine alluviale ou colluviale (sondages 3 et 2 : à partir de 166,32 et 165,44 m NGF). L’absence de ces sables lités dans la partie centrale et sud de cette parcelle amène à trois postulats possibles : soit ils ont existé et ont été sapés par un agent naturel et remplacés par d’autres sédiments, soit ils n’ont jamais atteint ce secteur, soit enfin ils existent, mais en deçà des niveaux stériles atteints. Cette dernière hypothèse nous semble très improbable compte tenu de la profondeur atteinte par carottage (près de 5 m par rapport au sol actuel) au fond des sondages 2 et 3. Ce phénomène pourrait être mieux observé et appréhendé au centre de la parcelle, à la limite entre ces deux dépôts, sous les fondations des deux habitations mitoyennes actuelles n°12-13 (entre le sondage 1 et 3).

Opérateur :
Service archéologique de la Ville de Lyon

Aménageur :
ICF Sud-Est Méditerranée

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Le littré de la Grande Cote numérisé

Le Littré de la Grand’Côte (à l’usage de ceux qui veulent parler et écrire correctement) est un ouvrage rédigé par l’écrivain lyonnais Clair Tisseur sous le pseudonyme de Nizier du Puitspelu.

Le Littré de la Grand’Côte a été publié en 1894 sous l’égide de l’Académie du Gourguillon, inquiète de la disparition du parler lyonnais. Présenté comme un dictionnaire, Le Littré de la Grand’Côte est considéré comme la bible du parler lyonnais. Il regroupe également de nombreuses expressions et anecdotes cocasses.

La version numérisé est disponible sur Gallica

Le littré de la Grand
Le littré de la Grand’Côte : à l’usage de ceux qui veulent parler et écrire correctement / par Nizier du Puitspelu ; Académie du Gourguillon
Source: Bibliothèque nationale de France

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Le portail Persée de l’université Lyon 2 en péril

PERSÉE – le programme national de numérisation, de traitement documentaire, de diffusion et de valorisation scientifique – est aujourd’hui menacé par une décision de la direction de l’université Lumière Lyon 2.

Sans concer­ta­tion préa­la­ble (per­son­nels et direc­tion de PERSÉE non sol­li­ci­tés, comité de suivi de PERSÉE, minis­tère de tutelle, orga­nes ins­ti­tu­tion­nels de l’Université (CTP, CS, CA) non aver­tis), la direc­tion de Lyon 2 a décidé le 7 février 2011 de mettre fin à la conven­tion-cadre sou­te­nant l’exis­tence du pro­gramme. Cette déci­sion prend effet le 10 mai 2011. L’ensem­ble des per­son­nels du pro­gramme PERSÉE ne com­prend pas la pré­ci­pi­ta­tion de la direc­tion de Lyon 2. Aucune infor­ma­tion n’a pré­cédé cette déci­sion. Aucune dis­cus­sion n’est pro­po­sée par la direc­tion de l’uni­ver­sité. Aucune solu­tion ne garan­tit la conti­nuité des acti­vi­tés du pro­gramme et la pré­ser­va­tion de l’équipe PERSÉE en raison du trop court calen­drier imposé par Lyon 2.

Nous ne savons pas ce qu’il advien­dra de PERSÉE au-delà du 10 mai 2011.

QUELLES SERONT LES CONSÉQUENCES ?

  • La fermeture du portail persée et la disparition d’un outil utilisé par des millions de chercheurs et d’étudiants.
  • Un formidable gâchis d’argent public : le ministère – avec Lyon 2 – a initié le programme PERSÉE et le finance depuis 8 ans. Ce soutien a permis de constituer un fort capital technique et de développer des savoir-faire spécifiques.
  • L’éclatement de l’équipe PERSÉE et la dispersion de compétences vitales pour le programme. Les vacataires et les contractuels (85% de l’effectif) sont les premiers touchés. La direction de l’université Lyon 2 a d’ores et déjà refusé de renouveler les contrats de vacations au-delà du 10 mai 2011.

QU’EST CE QUE PERSÉE ?

  • PERSÉE est un programme du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche qui numérise, archive, valorise et diffuse gratuitement des millions de pages d’articles et de monographies à haute valeur scientifique.
  • PERSÉE c’est une des plus grandes bibliothèques numériques scientifiques francophones avec plus de 350 000 documents scientifiques en texte intégral, en ligne, en accès gratuit.
  • PERSÉE c’est un outil de valorisation internationale du patrimoine scientifique au service de la communauté académique, depuis 2005.
  • PERSÉE c’est 3,6 millions de documents téléchargés et 19,5 millions de consultations en 2010, au niveau national et international.
  • PERSÉE c’est 125 conventions avec des éditeurs scientifiques et des partenariats avec des universités françaises et étrangères (La Sorbonne, Louvain etc.), et des instituts de recherche (Maison de l’Orient et de la Méditerranée, les cinq Écoles Françaises à l’étranger, les IFRE, M.I.T. etc.).
  • PERSÉE c’est une technologie solide et reconnue, développée en open source.
  • PERSÉE c’est aussi une équipe de 21 BIATOS qualifiés qui travaillent à rendre des centaines de milliers de documents accessibles et gratuits pour tous.

Dans son rap­port d’évaluation du 28/12/2010, l’AERES (Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur) sou­li­gne que « PERSÉE est un exem­ple par­fai­te­ment réussi de ras­sem­ble­ment d’un corpus docu­men­taire per­met­tant le déve­lop­pe­ment de ser­vi­ces à haute valeur (…). Que l’on envi­sage le por­tail sous l’angle des options tech­no­lo­gi­ques, de la struc­tu­ra­tion de l’infor­ma­tion et des outils de consul­ta­tion conçus des choix inno­vants qui fon­dent sa reconnais­sance dans le pay­sage com­plexe de l’édition scien­ti­fi­que numé­ri­sée. » L’AERES sou­li­gne également « la façon exem­plaire dont a été conduit le projet [PERSÉE] avec des moyens rela­ti­ve­ment modes­tes. »

PERSÉE est une réus­site scien­ti­fi­que, docu­men­taire et tech­no­lo­gi­que.

Et pour­tant, la direc­tion de l’uni­ver­sité Lumière Lyon 2 prend le risque de détruire cette ini­tia­tive.

SOUTENEZ PERSÉE !

Nous deman­dons du TEMPS pour orga­ni­ser, dans de bonnes condi­tions pour les par­te­nai­res de PERSÉE et dans le res­pect des per­son­nels, le désen­ga­ge­ment de Lyon 2 et le trans­fert à une autre struc­ture publi­que.

  • Nous appelons les utilisateurs de PERSÉE, chercheurs, enseignants, étudiants, citoyens, documentalistes et bibliothécaires à nous apporter leur soutien.
  • Localement et nationalement, nous appelons les syndicats à soutenir les personnels vacataires, contractuels et titulaires de PERSÉE.

Signez la péti­tion !

Les per­son­nels BIATOS titu­lai­res, contrac­tuels men­sua­li­sés et vaca­tai­res soli­dai­re­ment.

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Pillage & Archéologie, une tribune de Jean-Paul Jacob

© Jean-David Desforges, Inrap

Un trésor archéologique maltraité
Pour une interdiction européenne de l’usage des détecteurs
de métaux

L’article qu’Hervé Morin consacre, dans Le Monde du 4 décembre, au « trésor des âges sombres » récemment mis au jour dans le Staffordshire, met en évidence l’importance des découvertes que les archéologues peuvent faire en Europe occidentale. Cependant cette découverte insigne (un trésor de plus de 1 500 objets totalisant plus de 5 kg d’or !) témoigne d’une réalité dramatique : celle de l’usage incontrôlé des détecteurs de métaux au Royaume-Uni, où leur utilisation par des « chercheurs de trésors » est permise. En France, leur usage est interdit tandis que leur vente reste autorisée, facilitant ainsi leur emploi par de véritables pilleurs de sites.

En effet, ces détecteurs, permettant d’identifier les objets métalliques enfouis dans le sol, sont utilisés inconsidérément par de nombreux amateurs ignorant la loi, mais aussi par des délinquants qui déterrent les objets métalliques sans aucune précaution et détruisent ainsi les sites.

Car les plus beaux objets sont des témoins muets lorsqu’ils n’ont pas été mis au jour dans le cadre d’une fouille archéologique. Il en va de même du butin des fouilles clandestines menées dans les pays du Sud, dont la convention de l’Unesco de 1970 sur le trafic de biens culturels prohibe la vente.

Dans le cas du trésor du Staffordshire, Terry Herbert, son inventeur, l’a déclaré aux autorités britanniques – ce qui a permis d’éviter qu’il ne soit fondu pour être vendu au poids de l’or – mais les archéologues n’ont pu intervenir sur le site qu’après plusieurs jours d’exhumation anarchique et le contexte archéologique a été partiellement perdu.

A contrario, on citera les remarquables résultats de la fouille de plusieurs tombes aristocratiques franques, conduite à Saint-Dizier, qui a livré non seulement de bijoux et un riche mobilier, mais aussi une foule d’informations sur ces élites de l’est de la France au haut Moyen Âge.

Le trésor du Staffordshire a été sauvé et rejoindra le musée de Birmingham si la souscription publique permet qu’il reste le bien commun des Britanniques. Mais combien d’autres vestiges repérés à la « poêle à frire » disparaissent sous les pelles de pilleurs inconscients ou cupides ? On frémit à l’évocation de ces « détecteurs qui tournent à plein régime dans la région ».

En France, l’usage de ces appareils est formellement interdit sans autorisation administrative, sous peine d’une contravention de 3 000 €. Mais surtout, la destruction de site et le vol de mobilier archéologique, corollaires de l’utilisation de détecteurs, sont des délits punis de sept ans d’emprisonnement et de 100 000 € d’amende. Paradoxalement, dans notre pays, la vente des détecteurs est libre, favorisant des usages clandestins de plus en plus fréquents. Ainsi, en moins de six mois, deux chantiers de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ont été détruits nuitamment, par des pilleurs munis de ces appareils. Les objets métalliques y ont été volés et l’organisation des vestiges bouleversée, interdisant l’étude des indices restants.

On ne le sait pas assez, l’archéologie n’a pas pour finalité la découverte de chefs-d’œuvre. Elle recueille et étudie tous les indices, même les plus humbles, laissés par les sociétés passées pour tenter d’en restituer les modes de vie, l’habitat, la vie quotidienne, les pratiques religieuses, les moyens de subsistance, la gestion de l’espace, l’organisation sociale et, même, l’impact sur l’environnement. Ce sont donc ces « archives du sol » que détruisent les utilisateurs sauvages de détecteurs, la plupart du temps pour un maigre butin de monnaies romaines sans valeur vénale.

Conscient de la recrudescence des pillages, le ministre de la Culture et de la Communication a récemment chargé le Conseil national de la recherche archéologique d’une réflexion sur des mesures nouvelles pour lutter contre ce fléau. À cet égard, il paraît indispensable que l’Europe harmonise sa législation en matière d’usage mais aussi de vente de détecteurs, et que ceux-ci soient formellement interdits, hormis pour les besoins des professionnels spécialisés (bâtiment, travaux publics, etc.).

L’archéologie préventive s’efforce de « sauvegarder par l’étude » les sites menacés par l’aménagement du territoire. En France, l’Inrap mène ainsi chaque année plus de 1 500 diagnostics couvrant plus de 10 000 hectares, et plus de 200 fouilles. Ce sont là des recherches essentielles pour notre patrimoine archéologique et pour notre Histoire. Et il n’y a nulle urgence à remplir les musées publics et les collections privées d’objets « muets », aussi beaux soient-ils. Notre exigence, au contraire, doit être de préserver in situ, pour les générations futures, un patrimoine archéologique que les progrès de la science permettent, d’année en année, de mieux exhumer et de mieux étudier.
Laissons aux archéologues du futur d’autres Staffordshire !

Jean-Paul Jacob
Président de l’Institut national de recherches archéologiques préventives

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L’ALPARA

Chantier archéologiqueFondée en 1977, l’Association de Liaison pour le Patrimoine et l’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne (ALPARA) compte aujourd’hui une cinquantaine de membres. L’association met à disposition des archéologues des moyens destinés à faciliter la réalisation et la valorisation de fouilles. 

En collaboration étroite avec les professionnels concernés (archéologues de l’Etat ou des collectivités territoriales, chercheurs du CNRS, universitaires…), l’ALPARA édite et diffuse les Documents d’Archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne (DARA). Cette collection à réputation nationale, voire internationale, compte aujourd’hui une trentaine de titres.

L’ALPARA produit également des vidéogrammes ainsi que des ouvrages relatifs à des recherches archéologiques comme, à Lyon, celles de la rue des Farges ; elle a collaboré avec la Ville de Lyon à la restitution des fouilles de la rue du Chapeau-Rouge (plaquette, vidéo, cédérom).

Depuis quelques années, l’ALPARA a élargi ses activités au-delà du secteur de l’archéologie. Titulaire de l’agrément ministériel, elle organise, en partenariat avec la DRAC Rhône-Alpes, des stages de formation sur diverses thématiques patrimoniales destinés principalement aux animateurs et guides-conférenciers du réseau des Villes et Pays d’art et d’histoire (VPAH).

Escalier hotellerieL’ALPARA participe également à la mise en forme des programmes des Journées européennes du patrimoine en partenariat avec les Villes et Pays d’art et d’histoire et le Grand Lyon. L’association a ainsi coordonné le programme transfrontalier Histoires… de matériaux (Rhône-Alpes / Suisse romande / Vallée d’Aoste – années 1997 à 1999).

A l’occasion du centenaire de la loi de 1901, l’ALPARA a mis en chantier, en collaboration avec la DRAC, la réalisation d’une base de données consacrée aux associations du patrimoine en Rhône-Alpes accessible depuis septembre 2001 sur le site de la DRAC Rhône-Alpes.

Voir le site de l’ALPARA

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Les couleurs dans l’Antiquité – série de rencontre de la MOM

Un cycle de séminaire a lieu chaque année le mercredi dans l’amphithéâtre Benveniste [1].

Ce séminaire est ouvert à toute personne extérieure intéressée par le thème.

Contact : Isabelle Boehm, professeur à l’université Lumière Lyon 2-HiSoMA


SÉMINAIRE 2010-2011 – Supports de la couleur

Objets colorés

MERCREDI 8 DÉCEMBRE 2010

– 18h – « The Blue and the Red : Glass, faience and pottery at Amarna and beyond », Paul T. Nicholson

MERCREDI 19 JANVIER 2011

– 14h – « Le verre, couleur et transparence : les modes de coloration du verre, des origines au XIXe siècle », Bernard Gratuze, physicien

– 15h – « Couleurs et goûts dans la verrerie grecque de l’Antiquité », M.-D. Nenna

MERCREDI 16 FÉVRIER 2011

– 18 h – « Des couleurs pour quoi faire ? Fonctions de la polychromie dans la sculpture grecque », Adeline Grand-Clément

Architecture

MERCREDI 16 MARS

– 18h – « Matériaux et couleurs dans les mosaïques de Thessalie à l’époque impériale », Andreas Phoungas

MERCREDI 27 AVRIL 2011

De 16 heures à 18 heures

– « Des peintures murales vieilles de 11 000 ans à Dja’de (Syrie) : nature et recherche de signification », Éric Coqueugniot

– « Les peintures murales du site de Mari (Syrie) », Béatrice Muller

– « La couleur dans l’iconographie minoenne et mycénienne : formes artistiques et réalité visuelle », Fritz Blakolmer

– « Entre peinture et relief : quelques décors hellénistiques au proche-Orientt », Hélène Eristov

MERCREDI 18 MAI

– 18h – Exposés d’étudiants

Télécharger l’affiche (pdf)

[1] MOM, 7, rue Raulin-Lyon 7e, rez-de-chaussée

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Photos ensevelies du ghetto de Lodz – Henryk Ross

Un exposition du CHRD – Centre d’histoire de la résistance et de la déportation

Du 21 octobre 2010 au 13 février 2011


Miraculeusement conservées, les troublantes photographies d’Henryk Ross dévoilent la vie du ghetto dans ses moments les plus intimes et les plus dramatiques.

Lodz est en 1939 la plus grande citée industrielle de Pologne. Comme dans de nombreuses villes d’Europe orientale occupée, les nazis y établirent un ghetto dès février 1940, « le premier dans l’ordre chronologique et le second, après celui de Varsovie, par l’importance numérique », rappelle Primo Levi. 160 000 Juifs seront enfermés dans le ghetto de Lodz, qui ne sera dissous qu’à l’automne 1944, faisant de lui le ghetto « à la plus longue existence ».

Juif polonais, Henryk Ross est à partir de 1940 nommé par l’administration juive du ghetto pour réaliser des photographies d’identité et de propagande. Tout au long de ses quatre années de détention, il va également réaliser des milliers de clichés rendant compte de la vie quotidienne. Aux images terribles des pendaisons, de la famine et des déportations, semblent se succéder, comme un affront, des instantanés de joie ou de bonheur : couple d’amoureux, famille unie, mère embrassant son enfant, jeunes gens se jouant de la perspective pour le plaisir du photographe.

Les quarante et une photographies présentées au CHRD vibrent de stupeur et d’enseignement : elles nous dévoilent la géographie du ghetto, le fonctionnement d’une société recomposée au travail et sous contrôle, elles nous renseignent sur les mécanismes de l’extermination et nous livrent enfin une part de cet espoir, de ce souffle vital qui, « malgré tout », permet d’entretenir l’idée que la lutte pour la survie peut avoir un sens.

Voir l’annonce complète sur le site du CHRD

CHRD – 14 avenue berthelot Lyon 7e

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La Maison de l’histoire de France : essai de socio-histoire d’un projet

par Isabelle Backouche (CVUH)

« Un lieu attrayant. Un lieu vivant. L’endroit où il faudra être si l’on aime l’histoire. L’endroit qui fera aimer l’histoire » (1).

Pour apprécier et contrer le projet en cours d’élaboration de Maison de l’histoire de France, la mise en œuvre de mes compétences d’historienne appliquées aux documents disponibles et au profil de leurs auteurs, semble le moyen le plus efficace pour faire pièce à un certain nombre d’affirmations, souvent fallacieuses ou erronées. En effet, le dernier rapport rendu en avril 2010 par Jean-François Hébert prend la précaution de citer en notes les tribunes publiées par des historiens hostiles au projet, afin de contrer leurs argumentaires (2). J’utiliserai ici une autre méthode : faire valoir comment le métier d’historien, dont les promoteurs du projet sont loin de maitriser les savoir-faire, confère une aptitude critique à celui (ou celle) qui l’exerce et permet de ruiner les prétentions du projet de Maison de l’Histoire de France. Depuis plus d’un an, une offensive a été menée contre les sciences humaines et sociales, avec notamment le mot d’ordre de la valorisation de nos savoirs. Et bien, je propose de me livrer à un exercice que je n’aime pas nommer « expertise » mais qui avec ce nom trouvera tout son sens aux yeux des promoteurs de la Maison de l’histoire de France.

Historienne formée aux sciences sociales, je m’arrêterai tout d’abord sur un essai de mise en contexte du projet de la Maison de l’Histoire de France, convaincue qu’il n’est qu’une pièce d’un programme cohérent de destruction du savoir et de sa marchandisation dans notre société. Puis je me prêterai à une lecture croisée des sources disponibles (3) (les rapports publiés sur internet), et à un essai de sociologie des porteurs du projet, étrangers au métier d’historien et à la recherche qui lui donne vie.

Sans vouloir plaider pour une chapelle quelconque, ni revendiquer la moindre exclusivité, on peut prétendre que seuls des historiennes et des historiens peuvent se prononcer sur la validité d’un tel projet, et éclaircir les ambiguités que font régner ses promoteurs entre « musée de l’histoire » et « musée de l’histoire de France » dont les enjeux sont bien entendu radicalement différents. D’emblée, il faut poser une première question : pourquoi le projet n’a-t-il pas été préfiguré par un conseil scientifique comprenant des chercheurs en histoire susceptibles de trancher cette première option essentielle, et la viabilité du choix mis en avant d’une Maison d’histoire nationale. On parle beaucoup ces derniers mois de la professionnalisation, notamment comme débouché des filières de sciences humaines et sociales. Et bien, sur un tel projet, les historiens étaient les professionnels qui devaient être mobilisés en tout premier lieu. Il n’en a pas été ainsi.

Les motifs d’un projet

Rappelons que le projet de Maison de l’histoire de France a découlé d’une demande du Président de la République à la ministre de la Culture et de la Communication pour que soit expertisé « le projet de créer un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France » afin de répondre au goût des Français pour leur histoire (4). Ici, tous les mots sont importants. D’abord le périmètre initial du projet dédié « à l’histoire civile et militaire de la France », devenue aujourd’hui « histoire de France », et alors que le rapport Hébert s’appuie sur l’idée d’un goût des Français pour l’histoire (5), ici, remarquons qu’il est question de « leur histoire ». Alors malgré les promesses d’inscrire cette histoire à une échelle qui déborde le cadre national, il semble que l’adjectif possessif soit ici central. Mais on peut alors se demander quels sont les Français qui seront jugés dignes de s’approprier cette histoire. On voit ici, qu’on entre dans une logique de catégorisation du social, toujours dangereuse mais à forte portée politique aujourd’hui.

Il s’agit peut-on lire de « redonner à l’histoire la place qu’elle a perdue » (6). On retrouve ici la rhétorique de la perte et de la disparition fréquemment pratiquée par le chef de l’État pour introduire ses réformes et moderniser la France. Ne l’a-t-on pas entendu décrire une recherche française misérable et déclassée en janvier 2009 pour justifier le train de réformes que le gouvernement a finalement fait passer, et continue d’imposer à la recherche française pour la soumettre à des logiques gestionnaires étrangères à la production du savoir. Ainsi, la Maison de l’Histoire de France semble découler d’une forme d’évidence : l’histoire doit retrouver une place dans notre société, mais le rapport Hébert s’évertue à nous assurer que ce ne sera pas une histoire officielle. Comment le croire quand on voit la place accordée aux historiens dans la préfiguration du projet ?

Et on peut opposer à cette volonté de réhabilitation de l’histoire dans notre société une double opération de déqualification de la transmission du savoir historien qui s’est faite dans le même temps. D’une part, les programmes du CAPES d’histoire-géographie ont été l’an dernier réduits à leur plus simple expression, c’est à dire à une connaissance minimale de ce que l’élève trouve dans son livre d’histoire. Et on a supprimé l’épreuve dite d’historiographie qui permettait précisément de faire valoir l’histoire comme construction. D’autre part, les programmes du second cycle ont été ravalés à une série de connaissances fragmentées pompeusement intitulées : « Questions pour comprendre le vingtième siècle » (7), toute la démarche consistant à repérer des lieux, des dates et des faits emblématiques. On voit là une communauté de conception avec le projet de Maison de l’Histoire de France qui donne toute sa force à cette offensive contre le savoir dans notre société. Autre point commun, la Maison de l’Histoire de France placera en son centre les nouvelles technologies, initiative louable à condition qu’elle ne soit pas exclusive. De même, le programme de la classe de Première conseille dans sa section « développer son expression personnelle et son sens critique » d’utiliser en premier lieu « de manière critique les moteurs de recherche et des ressources en ligne (internet, intranet de l’établissement, blogs) ». Saine précaution certes, mais le livre n’est pas nommé comme objet susceptible d’une lecture critique.

Autre dimension du projet : la valorisation de la recherche en histoire. Hébert propose de faire de la Maison de l’histoire de France un lieu qui mettra en valeur « l’utilité sociale de la recherche en histoire » (8). Mais les historiens ne souhaitent pas être « utiles » : ils sont soucieux de diffuser leurs recherches, et les pouvoirs publics pourraient tout simplement pratiquer une aide à la publication plus systématique et plus étoffée – notamment pour faire connaître les travaux des jeunes chercheurs et soutenir les revues – plutôt que de faire croire que la Maison de l’histoire de France servira à mettre en valeur leurs travaux.

Enfin, on peut clôre cet essai de mise en contexte du projet de Maison de l’Histoire de France en citant les propos récents de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche : « Il faudra aussi faire évoluer les études d’histoire et géographie, trop spécialisées : personnellement, je crois beaucoup aux bi-diplômes. Si l’on ajoutait de l’anglais, des technologies de l’information, du droit ou de la gestion, les diplômés en histoire pourraient plus facilement trouver à être embauché – comme en Allemagne ou en Angleterre – dans les métiers du tourisme, du journalisme ou de la culture » (9). On retrouve le souci de niveler le niveau de connaissances, déjà présent dans la formation des futurs enseignants du secondaire. A cela s’ajoute une double objection que l’on peut faire à Valérie Pécresse. Les cursus d’histoire proposent depuis fort longtemps des parcours diversifiés à leurs étudiants ce que la ministre semble méconnaitre. Elle se garde surtout de dire que ces bi-diplômes existent déjà mais qu’en raison du manque de moyens et de postes, ils sont presque inaccessibles : la double licence histoire-science politique proposée par Paris I offrait 100 places pour plus de 3000 candidatures par le biais d’admission post-bac cette année. Il ne suffit pas de vanter les mérites de certains parcours universitaires, encore faut-il donner la capacité aux universités d’accueillir tous les bacheliers qui souhaitent s’engager dans une telle voie.

Un généalogiste et un énarque

La qualité même et le parcours de formation des auteurs du projet apparaissent déterminants pour cerner ses ambitions et éclaircir ses objectifs. On peut bien entendu débattre longtemps sur la légitimité à porter le titre d’historien. Pour ma part, je considérerai que la qualité d’enseignant-chercheur, avérée par des publications et une activité d’enseignement, me semble la meilleure garantie pour être capable d’élaborer un nouvel outil au service de la recherche en histoire. Or que remarquons nous. Parmi les trois auteurs de rapports ayant mené à l’annonce de l’installation de la Maison de l’histoire de France au Archives nationales, seul Jean-Pierre Rioux répond à la définition précédente mais sa mission consistait à faire l’expertise des lieux possibles d’installation. Il est étrange d’avoir sollicité un historien sur ce versant de l’étude et de ne pas lui avoir confié la partie scientifique de l’opération.

Les deux hommes qui ont préfiguré la Maison de l’Histoire de France ont un point commun : ils sont tous deux passés par le ministère de la Défense. Hervé Lemoine s’y est occupé, à divers titres, des archives entre 1988 et 2007 tandis que Jean-François Hébert a été conseiller dans les cabinets ministériels de la Défense (1993-97), puis secrétaire général pour l’administration du ministère de la Défense jusqu’en 2002.

Hervé Lemoine a élaboré un premier rapport en 2008. Sa biographie « officielle » sur le site du ministère de la Culture et de la Communication signale qu’il est titulaire « d’une licence d’enseignement en histoire et géographie et d’un DEA en histoire contemporaine et en sciences politiques ». Les différents sites consultés ne donnent pas de références bibliographiques attestant d’une activité de chercheur en histoire. Par contre, il a enseigné les sciences auxiliaires de l’histoire à Sciences-Po entre 1999 et 2006. Auparavant, il avait créé un cabinet spécialisé dans les recherches sur l’histoire des familles, et exercé les fonctions de vice-président de la Chambre syndicale des généalogistes-héraldistes de France. Voici une compétence importante pour mettre en place un musée de l’histoire de France qui « contribuera à faire vivre notre identité nationale auprès du grand public » (10), le généalogiste étant le spécialiste de la filiation, donc de la quête des origines. Mais nous savons qu’un bon généalogiste n’est pas un historien. Hervé Lemoine n’a d’ailleurs pas tardé à renouer avec ses affinités généalogistes, une fois nommé aux Archives nationales, puisqu’il y a organisé les 25 et 26 septembre 2010, « un forum de la généalogie » (11).

Plusieurs biographies disponibles sur le net (12) placent le travail d’Hervé Lemoine sous le signe d’une proposition de Fernand Braudel : « Décrire, voir, faire voir, pour faire comprendre l’histoire », sans que cette phrase ne soit jamais référencée dans les écrits de Braudel. Cette formule, en forme de slogan, donne son titre à la deuxième partie du rapport de Lemoine (13). Et ultime réemploi, on retrouve cette phrase, le slogan cédant la place à l’incantation, dans la lettre de mission du Ministre de la Culture et de la Communication, Frédéric Mitterrand, datée du 22 septembre 2009, à Jean-François Hébert, auteur du dernier rapport publié sur la Maison de l’histoire de France. Une telle répétition a du sens pour l’historien qui croise ses sources, et qui retrouve cette même affirmation sous la plume de tous les promoteurs de l’opération : il s’agit de faire valoir la figure tutélaire de celui qui est reconnu comme l’un des plus grands historiens du XXe siècle en France. Il est facile d’invoquer les grands historiens disparus, mais un tel procédé relève pourrait-on dire d’une méthode qui s’apparente davantage à la communication qu’à la référence savante. Et si Braudel doit donner l’exemple, alors pourquoi ne pas avoir sollicité l’avis d’historiens qui appartiennent au Centre de recherches historiques, créé précisément par Fernand Braudel en 1949 (14). Une telle omission, comparée à l’usage de la figure de Braudel, n’est pas un simple oubli. C’est une manipulation d’un label historien que les chercheuses et chercheurs en histoire ne peuvent tolérer.

Enfin, le rapport le plus récent a été confié à Jean-François Hébert, formé à l’ENA, conseiller Maître à la Cour des comptes, directeur du cabinet de Christine Albanel, puis nommé président du Château de Fontainebleau, un parcours qui ne lui confère ni une connaissance approfondie de la recherche en histoire, ni une véritable légitimité pour penser le projet scientifique d’un établissement dédié à l’histoire (15).

Le métier d’historien

Car tel est bien le problème central. Malgré des compétences avérées dans plusieurs domaines, les deux hommes qui portent le projet ignorent le métier d’historien et surtout ses évolutions qu’on ne peut qualifier de récentes puisqu’elles remontent à l’entre-deux-guerres.

On peut d’abord s’étonner qu’un conservateur général du patrimoine, modifie le titre initial d’un rapport rendu en avril 2008 et qui ne portait pas le titre de « Maison de l’histoire de France », mais bien celui de « Rapport pour la création d’un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France ». Il me semble qu’un rapport, une fois rendu public, est un document qui doit ensuite garder toute son intégrité. Or le projet publié sur le site du ministère depuis le mois de septembre a vu son titre modifié, et le titre d’origine basculé en sous-titre.

La première entorse au métier d’historien est de légitimer l’intervention de l’État en faveur de l’histoire sous condition que ce soit une histoire nationale. On a ici une habile confusion entre un État, promoteur d’une politique en faveur de l’histoire – et il vaudrait mieux parler de la recherche en histoire – et une France, objet de cette histoire, qui nous dit-on « souffre » à la fois de son histoire et de son identité (16). Ainsi, la Maison de l’histoire de France, et surtout les historiens qui y contribueraient, seraient les médecins du peuple français, malade et inquiet. On pouvait penser que les évolutions historiographiques de ces quatre vingt dernières années écarteraient le risque d’un telle instrumentalisation de l’histoire, grossière et pathétique. Mais voilà, Hervé Lemoine est loin de la recherche historique, il peut donc prétendre que l’histoire est apte à panser les plaies des Français, qui d’ailleurs ne sont pas vraiment objectivées. Il procède ainsi à une personnalisation de l’histoire, telle une muse, qui l’éloigne de son statut de science qui tire sa spécificité non de ses potentialités bienfaitrices mais de procédures expérimentales peu évoquées.

Lemoine pratique la dénégation en prétendant qu’un des effets pervers de la préoccupation des gouvernants pour la façon dont l’histoire est écrite et transmise est qu’il interfère avec le travail de l’historien en cherchant à lui imposer ses propres visions, ses propres interprétations (17). Il ne serait donc pas question de tomber dans ce travers avec la Maison de l’histoire de France ? Mais suffit-il de dire qu’à d’autres époques l’effet pervers a pu exister pour s’en écarter ? Ici encore, c’est un moyen bien grossier pour dénier ce qui est en réalité le cœur du projet. De même, le rapport Hébert dénie la possibilité d’une « histoire officielle » au sein de la Maison de l’histoire de France. Mais il y a ici confusion – délibérée ou pas – entre utilisation politique et construction du discours historique. En effet, tout discours historien est construit à partir des questions du présent. C’est une évidence que de le rappeler. Alors, inutile de prétendre que le pouvoir politique n’interviendra pas dans la conception de cette institution. C’est un vœu pieux, et c’est surtout méconnaitre le travail de la recherche en histoire. A partir du moment où il y a construction, c’est à dire impossibilité d’une sorte de neutralité, alors le parcours que proposera la Maison de l’histoire de France, par le simple tri qu’il opérera figera une vision particulière de l’Histoire de France. Et c’est une telle opération que nous, historiennes et historiens, trouvons dangereuse, sans qu’il soit nécessaire d’agiter le spectre de la censure politique. Mais le rapport Hébert ne l’utilise pas naïvement à mon sens, c’est une façon de pratiquer le déni pour faire passer « innocemment » un projet tout aussi risqué que celui qui revendiquerait ouvertement ses prétentions idéologiques.

Relevons dans le rapport Hébert toute une série d’affirmations erronées et périmées sur le rapport de l’historien à ses sources. Il nous donne comme garantie de la validité du projet le fait qu’il sera fondé sur la « réunion d’un ensemble de musées nationaux, ce qui aura pour effet de la doter d’emblée d’un socle de collections » (18). Voilà déjà une vision bien restrictive et désuète puisqu’au lieu de partir d’une problématique qu’il serait ensuite question de mettre en scène dans le futur Musée, il faudra se contenter des ressources disponibles, un peu comme si un historien engageait sa recherche à partir d’une pile de cartons d’archives disponibles. Ajoutons que cette proposition est aussi une garantie de conformer le futur établissement à la RGPP, comme il en est question dans la cinquième partie du rapport Lemoine intitulé : « Un rapport exemplaire du point de vue des principes de la révision générale des politiques publiques » (19). Donc, la Maison de l’histoire de France sera un bon élève, et il y a peu de chances qu’elle s’engage dans une politique coûteuse d’emprunts à d’autres établissements. Il faudra donc faire cette histoire de France à partir des collections des musées de Saint-Germain-en-Laye, de Cluny, d’Ecouen, du château de Fontainebleau, de la Malmaison, du palais de Compiègne, et d’autres encore qui ne sont pas cités.

Autre rapport problématique aux sources, J-F. Hébert suggère que le comité scientifique qui définira les axes de recherche promus par la Maison de l’Histoire de France se hasarde à « encourager les projets de recherche exploitant des sources inédites de l’histoire » (20). Ainsi la nouveauté d’une recherche reposerait sur le caractère « inédit » d’une source, un peu à la manière d’un scoop. On a là une conception de l’histoire dont la qualité reposerait sur la révélation et l’effet de surprise comme garanties d’une innovation, à l’image d’une « culture voyeuriste » qui fleurit dans notre société. C’est donc bien un projet d’histoire ancré dans son époque que nous propose J-F. Hébert. Autre proposition surprenante à propos des sources : il faudrait que « des sources fondamentales de notre histoire soient éditées » (21). On peut immédiatement poser la question de savoir ce qu’est « une source fondamentale » ? Il est donné en exemple des correspondances de grands hommes. Affleure encore ici une conception de l’histoire qui réifie les sources, leur attribue une valeur intrinsèque que le questionnement historien depuis près d’un siècle a relativisé au bénéfice d’une pratique réflexive qui place au centre de l’enquête historienne la construction d’une problématique et non les sources.

Finalement, la question qui justifie le projet procède d’une double interrogation qui mérite d’être mise en exergue : « Ainsi, « depuis quand la France ? » présuppose de s’interroger sur « qu’est-ce que la France ? » et c’est bien cette question centrale qui est au coeur du projet de création d’une « maison de l’histoire » aux Invalides » (22). Une telle naturalisation de l’objet de l’enquête est inacceptable : on passe d’une dimension chronologique à une dimension ontologique et, ce faisant, il me semble que l’historien n’a plus sa place dans l’enquête.

Ultime incartade au métier d’historien, à mettre au compte de J-F. Hébert. La « Galerie de l’histoire de France » proposera trois niveaux : la découverte, l’approfondissement et le débat. Intéressons nous au troisième niveau. On lit : « Le parcours général de la galerie de l’Histoire de France doit introduire le visiteur au débat contradictoire indispensable à la compréhension du récit historique, antithèse et antidote à toute histoire officielle. Autour d’un socle factuel, il montrera les différentes présentations auxquels les événements ont donné lieu sur le moment même et les interprétations divergentes qui en ont été tirées par la suite » (23) . Cette proposition est d’une grande naïveté : en quoi consistera le « socle factuel » qui échappera à la suspicion d’être une présentation particulière des faits, voire une interprétation des faits. Cette vision des choses découle de l’idée que l’histoire pourrait être neutre, isolée d’une construction qui nécessairement répond aux questions du présent. L’historiographie enseignée aux étudiants ne prétend pas leur dire : voilà ce qu’est l’histoire, et voilà les histoires qui en ont été faites. Cette dualité n’a aucun sens, elle vide de son contenu la fameuse « galerie de l’histoire de France », ou plutôt, elle démasque le parti pris sur lequel elle reposera forcément, malgré les allégations de ses concepteurs.

Le site de l’Hôtel de Soubise

A propos du site choisi, le quadrilatère du Marais qui abrite les archives nationales depuis le début du XIXe siècle, les rapports entre eux sont contradictoires. Le récent arbitrage a fait le choix du site des Archives nationales, prenant acte de l’abandon du projet de rénovation du musée des Archives, fermé depuis 1995 mais en cours de refondation depuis 2000 sous l’égide d’un véritable comité scientifique (24). Or, on pouvait lire en 2008 à propos du « projet scientifique pour le musée des Archives nationales » (25) : « Le décor intérieur prestigieux de ces bâtiments, tout en étant l’un des principaux attraits du Musée, constitue une contrainte architecturale qui s’impose à toute présentation muséographique et qui suppose une collaboration étroite avec les services compétents de la direction de l’Architecture et du Patrimoine ». Ainsi, les contraintes de 2008 seraient devenues des atouts pour accueillir le projet de Maison d’histoire de France en 2010 ? On a là, à deux ans d’intervalle, des affirmations peu crédibles. On apprend dans le rapport Hébert que le travail de préfiguration de ce musée des Archives nationales a abouti à une impasse en 2005, à partir du moment où le déménagement à Pierrefitte était lancé (26) . Il faut peut être plutôt envisager que le travail d’un véritable conseil scientifique a été mis au placard au profit du programme actuel dont nous avons démontré le caractère instrumental et peu crédible sur le plan scientifique.

Notons enfin qu’est rattaché au Musée des archives nationales, depuis les années 1950, un service éducatif qui accueille des élèves de tous les âges et des étudiants, pour les faire participer à des ateliers thématiques qui permettent de mettre en valeur le travail historien à partir des archives (27). La prétention affichée par le rapport Hébert d’enfin mettre à la disposition de tous les publics une institution susceptible de mettre à leur disposition le travail de l’historien est une fiction, ou plutôt une méconnaissance de l’existant pour faire valoir l’idée d’une innovation. Précisons que le service éducatif n’est pas doté d’un budget très important, mais que la méthode consiste à supprimer ce qui existe pour faire croire qu’on va inventer. Alors comment peut-on accepter de lire : « Il est fondamental que le monde enseignant s’approprie la Maison de l’Histoire de France qu’il doit considérer comme le prolongement naturel, comme le complément indispensable, de l’enseignement dispensé en classe » (28).

J’ai souhaité instruire ma critique du projet de Maison de l’Histoire de France à partir de ma double expérience, de chercheuse en histoire et d’enseignante en poste aux Archives nationales. En contextualisant le projet et en procédant à une lecture critique des rapports de préfiguration, il semble difficile d’imaginer que cette future institution sera susceptible de promouvoir la recherche en histoire quoi qu’en disent ses défenseurs pour la simple raison qu’ils ignorent, par naïveté ou cynisme, les contraintes du métier d’historien.

Isabelle Backouche
Maître de Conférences en histoire, EHESS-CRH

Sites consultés :

http://www.louvrepourtous.fr/Jean-F…

http://www.latribune.fr/entreprises…

http://www.artclair.com/oeil/archiv…

http://geneinfos.typepad.fr/geneinf…

• Le blog de la fédération française de la généalogie http://leblog-ffg.over-blog.org/art…

http://www.connaissancedesarts.com/…

http://www.archivesdefrance.culture…

Les trois rapports utilisés comme sources sont consultables à l’adresse suivante :

http://www.culture.gouv.fr/mcc/Actu…

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Notes :

(1) Rapport Hébert, p. 17.

(2) Rapport Hébert, p. 11, note 15 et p. 16, note 22.

(3) Il s’agit de H. Lemoine, « La Maison de l’Histoire de France ». Pour la création d’un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l’histoire civile et militaire de la France, avril 2008 ; J-P. Rioux, Sites susceptibles d’accueillir un musée de l’Histoire de France, Mai 2009 ; J-F. Hébert, Éléments de décision pour la Maison de l’Histoire de France, avril 2010.

(4) http://www.defense.gouv.fr/salle-de-presse/communiques/ministre/rapport-d-herve-lemoine-creation-d-un-centre-de-recherche-dedie-a-l-histoire

(5) Rapport Hébert, p. 6

(6) Rapport Hébert, p. 16.

(7) Voir plus précisément pour la classe de Première, le programme paru au BO du 30 septembre 2010, http://www.education.gouv.fr/cid533…

(8) Rapport Hébert, p. 13.

(9) Le Figaro Magazine, 16 octobre 2010. Valérie Pécresse y commente la publication du premier palmarès des universités françaises.

(10) Lettre de mission du 31 mars 2009 du président de la République à Eric Besson, ministre de l’immigration, de l’Intégration et de l’Identité nationale, cité dans Libération du 15 octobre 2010, p. 1

(11) http://leblog-ffg.over-blog.org/article-herve-lemoine-nouveau-directeur-des-archives-44181930.html. Plusieurs photos sont accessibles à cette adresse attestant de la tenue de l’événement.

(12) Nous donnons à la fin de ce texte, toutes les adresses des sites que nous avons visités.

(13) Rapport Lemoine, p. 25. Notons une variante, liée probablement à des copies hâtives : « Décrire, voir, faire voir et comprendre l’histoire ». Aucune référence ne permet de stabiliser la phrase attribuée à Braudel, nouvelle incartade au métier d’historien.

(14) Seul Marc Ferro est cité, sans qu’on sache le rôle qu’il a joué dans la consultation. Il semble que ce soit au titre de son appartenance au conseil d’administration des archives nationales.

(15) Remarquons dans sa biographie un passage en 1989-90 dans les établissements de préfiguration de la bibliothèque de France dont on sait combien l’architecture et les bâtiments sont au service de la communauté scientifique…

(16) Rapport Lemoine, p. 17-18. Plusieurs textes d’historiens sont cités à l’appui de cette affirmation, et je laisse à ces auteurs la responsabilité de leurs écrits mais je ne suis pas certaine que leur diagnostic appelait une Maison de l’Histoire de France comme mode de guérison des maux des Français. Disons peut-être qu’ils ont joué aux apprentis sorciers.

(17) Rapport Lemoine, p. 17

(18) Rapport Hébert, p. 10

(19) Rapport Lemoine, p. 58

(20) Rapport Hébert, p. 13, note 18.

(21) Rapport Hébert, p. 14.

(22) Rapport Lemoine p. 65

(23) Rapport Hébert, p. 11.

(24) Sont cités parmi les historiens en faisant partie : Daniel Roche, Pierre Nora, Jacques Olivier Boudon, Alain Corbin.

(25) Rapport Lemoine, p. 80

(26) Rapport Hébert p. 30.

(27) Détachée à mi-temps de l’enseignement secondaire, j’ai travaillé neuf ans dans ce service éducatif, de 1987 à 1996, et j’ai par exemple conçu un atelier thématique fondé sur une sélection d’archives repérées au cours du travail de thèse que je réalisais au même moment sur les relations entre Paris et la Seine. Une véritable synergie existait entre professeurs d’histoire, documentalistes, archivistes et conservateurs pour faire vivre un lieu qui accueillait plusieurs milliers d’enfants et d’étudiants par an.

(28) Rapport Hébert, p. 12.

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Fouilles archéologique du Quai St Antoine – Lyon

 

Par le service municipal d’archéologie de la ville de Lyon.

Opération : Diagnostic d’archéologie préventive (20 juillet – 23 septembre 2010)
Post-fouille : Rapport achevé

Au cœur du projet ambitieux de réaménagement des berges de la Saône porté par la municipalité dans le cadre du mandat actuel, un diagnostic d’archéologie préventive a été réalisé par le Service archéologique de la Ville de Lyon sur le quai Saint-Antoine et la place d’Albon. En rive droite de la rivière, au nord du pont Maréchal Juin, l’emprise diagnostiquée de 5000 m² correspond à une étude de faisabilité pour un parc de stationnement souterrain. L’ouvrage projeté remplacera le parking aérien actuellement installé sur le bas-port et rendra la berge au piéton en recréant le lien longtemps perdu entre la presqu’île et le fil de l’eau.

Afin d’impacter le moins possible la circulation automobile, la vie du quartier et de permettre une restitution pour la rentrée scolaire des cours de récréation situées sur le quai, l‘opération archéologique a été programmée entre le 20 juillet et le 23 septembre 2009. La gestion d’un flux automobile sur un axe important et la nécessité de maintenir tous les réseaux d’alimentation et d’assainissement enterrés ont constitué une forte contrainte sur la conception de l’intervention.

Au final, sept sondages archéologiques sur les dix initialement prévus ont pu être réalisés : quatre sur le quai Saint-Antoine et trois sur la place d’Albon. Tous les sondages ont été blindés par un système de panneaux métalliques coulissants sur poteaux d’angle pour atteindre une profondeur de travail de 6,5 m. La profondeur du parc de stationnement envisagé étant bien supérieure (20 m), ces sondages ont été complétés par une campagne de dix sondages géotechniques descendant à 20 m, soit la profondeur déjà estimée du socle rocheux dans cette zone. Les sondages archéologiques et géotechniques ont été positionnés pour former des transects sud-nord et est-ouest.

Le haut-port arboré du quai Saint-Antoine établi au milieu du XIXe siècle étant difficilement accessible, un seul sondage (B1) a pu être ouvert sur la partie nord-ouest du quai. Il a mis en évidence, sur plus de 5 m, un apport massif de remblais de démolition retenus par le mur de quai actuel construit après les inondations de 1840 et 1856.

Le sondage D2, implanté sur la voie de circulation au nord du quai, a permis la mise au jour de vestiges modernes du quai. Quelques décimètres sous les niveaux actuels, le niveau de circulation du quai au XIXe siècle subsiste partiellement avec les traverses de la ligne 5 du tramway inaugurée en 1880. En bordure ouest du sondage, le parapet du quai Villeroy (achevé en 1720) est arasé au niveau de son trottoir. Le puissant mur du quai sectionne un ensemble d’immeubles mitoyens dont ne demeurent que les espaces souterrains. Ce bâti moderne occupe le bord de Saône sous le quai Saint-Antoine depuis le pont de pierre jusqu’à la rue Dubois et constitue le soutènement même du quai Villeroy.

Plus à l’est, à l’angle de la rue Dubois et du quai Saint-Antoine, le sondage D3 a confirmé la présence des immeubles formant rive et détruits pour laisser place à un quai dégagé. Dans les deux sondages (D2 et D3), les conditions techniques de la fouille n’ont pas permis l’exploration de la stratigraphie sous le sol des caves repéré à 6,5 m de profondeur. Ces vestiges sont scellés par des nappes de sols indurés attribuables au quai du début du XVIIIe siècle, puis par les rails du tramway de la fin du XIXe et du XXe siècles.

Un dernier sondage (D5) plus au sud à l’angle de la rue Grenette a toutefois permis une lecture continue de la stratigraphie. Un égout maçonné en pierre dorée daté du XVIe siècle recoupe des niveaux de berges des XVe-XVIe siècles, puis au XVIIe une grande tranchée entaille tous les niveaux d’accumulation et condamne l’égout. Le comblement massif et détritique de cette incision pourrait être attribué à l’aménagement du quai Villeroy au début du XVIIIe siècle.

Aucun contexte antérieur à la Renaissance n’a été observé sur le quai Saint-Antoine. L’occupation des berges par des immeubles construits au fil de l’eau est attestée par une abondante iconographie qui illustre des constructions identiques sur chaque rive en amont et en aval du pont de pierre au moins depuis le XVIe siècle (plan scénographique de Lyon).

Les trois sondages ouverts place d’Albon ont révélé une occupation particulièrement dense depuis l’Antiquité (Ier siècle) jusqu’au dégagement de la place au début du XIXe siècle. La stratigraphie a été largement amputée par le creusement de caves modernes au centre et au sud de la place, mais si les niveaux médiévaux ont pu disparaître, les fondations antiques, ancrées dans les dépôts alluvionnaires, sont épargnées. Le mobilier céramique est insuffisant pour proposer une chronologie très précise, mais l’installation antique doit être située assez précocement dans le Ier siècle apr. J.-C.

Si aucun sol n’est conservé dans les sondages F1 et F2, le sondage E1 a livré une stratigraphie complète pour l’Antiquité, le Moyen Âge et l’époque moderne. Sur un niveau d’éclats de gneiss (nivellement et assainissement du terrain naturel), un mur nord-sud et des sols en terre battue témoignent d’une occupation a priori domestique permanente du Ier au IIIe siècle. Les derniers niveaux antiques sont ensuite perforés par un réseau organisé de trous de pieux parallèles à la rivière. L’altimétrie de ces pieux et leur diamètre modeste (10-15 cm) semblent plus les vouer au soutènement d’un ouvrage aérien en bois qu’à une fondation supportant une élévation maçonnée. En se substituant à un ensemble bâti, ils témoignent manifestement d’un réaménagement majeur du site. Malheureusement, l’absence de mobilier et l’amplitude chronologique de leur environnement stratigraphique – entre la fin de l’Antiquité et le Moyen Âge central – n’autorisent pas une datation précise.

L’ensemble de l’occupation antique s’établit largement à l’ouest du tracé supposé d’un quai antique repéré au XIXe siècle sous la rue Mercière. Les sondages du quai Saint-Antoine n’infirment pas cette hypothèse, mais le positionnement des structures antiques sur la place constituent une avancée inattendue qui induit un infléchissement important du tracé de la berge ou l’existence d’un promontoire lié au franchissement de la rivière.

La période paléochrétienne et le haut Moyen Âge n’ont pas laissé de traces matérielles. Le Moyen Âge central est bien représenté dans le sondage E1. Le bâti antique est entaillé par plusieurs fosses et recouvert par les « terres noires ». Ces structures ont livré un cortège classique d’oules à lèvres en bandeau et quelques fonds marqués.

Dans cette même séquence médiévale, trois murs successifs et superposés, montrant de faibles décalages d’orientation nord-sud, viennent occulter les trous de pieux. Aucun sol ne peut leur être associé. Plus à l’est, dans le sondage F1, un puits englobé dans le bâti moderne pourrait avoir été creusé au Moyen Âge.

Les vestiges de l’époque moderne sont bien présents. Les immeubles qui étaient encore en élévation au XXe siècle, au sud de la place d’Albon, ont été fortement remaniés. Il en est de même dans le sondage F1 où le bâti montre de multiples reprises entre les XVIe et XIXe siècles. Les structures modernes du sondage E1 sont bordées par un sol (XVe-XVIe siècles) de galets de rivière en forte déclivité vers la Saône. On signalera enfin, pour le début du XIXe siècle, un bel ensemble de vaisselle recueilli dans le comblement d’une fosse septique (sondage F1).

L’analyse géomorphologique du quai Saint-Antoine s’appuie sur les sondages géotechniques. Les cinq sondages réalisés donnent des profils altimétriques pour la charge de fond de la Saône. Le mobilier céramique retiré des carottages, révèle la présence de matériel moderne déposé très profondément dans ces niveaux sablo-caillouteux immergés. Cette présence d’éléments anthropiques incite à considérer comme secondaires une grande partie des sédiments mixtes ou rhodaniens identifiés au-dessus du lit majeur de la Saône.

Les sondages archéologiques de la place d’Albon ont permis une observation directe des dépôts alluvionnaires superficiels. Cinq autres sondages géotechniques ont assuré une lecture profonde de la sédimentation. Dans une séquence dépourvue de pollution anthropique, la pression du Rhône au Ier âge du Fer est lisible, il est par ailleurs possible d’envisager un site de confluence au sud-est de la place. Une fois que la Saône a pu revenir sur son tracé oriental, elle a déposé une épaisse couche de sédiments de débordements sur le site de la place d’Albon. Toutefois, l’inclinaison des dépôts alluvionnaires de cette plaine d’inondation atteste l’existence d’une dépression (bras actif ou lône) colmatée naturellement ou asséchée par la main de l’homme au début du Ier siècle apr. J.-C.

Opérateur :
Service archéologique de la Ville de Lyon

Aménageur :
Grand Lyon

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Fouille d’un quartier antique de la ville de Roanne

Rodumnia ou les racines Ségusiaves de Roanne

De juin à septembre 2010, les archéologues de la société Archeodunum ont pu explorer, dans le cadre d’une opération préventive,  un nouveau quartier antique de la ville de Roanne (Loire). Ils ont mis au jour des vestiges d’habitat et d’installations artisanales assez bien préservés des injures du temps.

Les recherches menées dans cette ville depuis la fin du XIXe siècle ont peu à peu démontré l’ancienneté de l’agglomération. Rodumna a ainsi été occupée sans discontinuer de la Protohistoire à l’époque romaine : du IIe siècle avant notre ère jusqu’au IIIe siècle après. L’agglomération faisait partie du territoire des Ségusiaves ayant pour capitale Forum Segusiavorum (Feurs). Située au carrefour de plusieurs voies, la bourgade se limitait durant l’époque gauloise au quartier situé autour de la rue Gilbertès, tandis que la ville gallo-romaine, s’étendant vers le nord et le sud-ouest, atteignait plus de 30 hectares.

Un quartier des premiers siècles de notre ère

La fouille conduite au 71 rue de Charlieu se situe dans l’extension nord de la ville du début de notre ère. Elle complète le plan urbain antique autant qu’elle confirme certaines hypothèses relatives au réseau viaire et à la vocation artisanale du quartier.Dans la partie orientale de l’emprise de la fouille, un tronçon de voie d’orientation nord-sud a été reconnu. Il correspondrait à une rue venant du centre de l’agglomération. A l’instar du développement de la ville  gallo-romaine autour de l’axe voisin de la rue Albert Thomas, un quartier s’est constitué le long de cette voie. La rue de Charlieu en pérennise le tracé.

Un espace artisanal

Ce quartier se caractérise par la présence de structures artisanales, comme le laissait présager le four de potier fouillé en 1990 par l’AFAN sur une parcelle voisine. L’importance de l’activité de production de céramique a été confirmée par la découverte d’un nouveau four et de deux emplacements de tours de potiers. Une production métallurgique est également attestée par la mise au jour d’un dépotoir de forge situé en bordure de la voie. Afin d’assurer l’approvisionnement en eau, quatre puits avec un cuvelage en pierre sont installés près des structures artisanales et des bâtiments.

Architecture des vestiges

Au nord de ce secteur artisanal, un grand bâtiment est séparé de la voie antique par un portique dont témoigne la présence de bases de piliers. De l’autre coté de la rue, trois pièces semi-enterrées, d’une vingtaine de mètres carrés chacune, ont été dégagées. Elles étaient toutes accessibles par un escalier. L’une d’entre elles présentait la particularité d’avoir un puisard maçonné en brique dans un angle. Une autre contenait une amphore intégrée au sol de la pièce et utilisée comme vide sanitaire.  Leurs murs étaient constitués d’un solin de pierres liées au mortier haut de 80 cm et d’une élévation en pans de bois et briques crues. La base de ces parois était recouverte d’un décor peint moucheté, tandis que le sol des pièces était composé de mortier de tuileau et de terrazzo. Les autres bâtiments découverts sur le site étaient fondés sur des poteaux de bois directement plantés dans le sol ou bien maintenus par un petit solin de pierres.L’abondant mobilier archéologique  livré par le site et notamment par plusieurs dépotoirs permettra au terme de son étude de restituer chronologiquement l’évolution du quartier du Ier au IIIe siècle de notre ère.

Séverine Mayoud, Archeodunum

Note : l’article ci-dessus est également publié, avec photos, dans le numéro de Novembre-Décembre de la revue ArchéoThema

 

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